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dimanche 12 novembre 2017

Dimanche 12 novembre 2017. 22h50.

J’ai commandé trois rosiers Reine Victoria et aussi des symphorines et des lavatères pour le fond du jardin. Journée ventée et froide. Nous sommes allés jusqu’à la Croix-Paquerey. Rentrés vite au coin du feu. La nuit est tombée avec le cafard des dimanches, quand Amélie s’en va.

Dimanche 12 novembre 2017. 2h15.

Astrid et son compagnon Lahlou qui rentraient du Mont-Saint-Michel sont venus dîner samedi à la maison. Elle est journaliste au Figaro littéraire, lui conseiller financier, si j’ai bien compris. Amélie connaît Astrid depuis longtemps, moi qui n’ai fait que la croiser lors de jurys, de prix, de soirées, je partage avec elle (ce qui n’est pas vraiment courant dans notre milieu) ce que je pourrais appeler une « complicité catholique ». On s’entend bien. Nous voyions Lahlou pour la première fois. C’est un garçon charmant. Nous avons passé une soirée gaie, affectueuse. Ils sont restés coucher à la maison.

Samedi 11 novembre 2017. 15h20.

Cérémonie du 11 novembre à Carolles. Pas grand monde devant le monument aux Morts. Les enfants de l’école ont marmonné La Marseillaise apprise pour l’occasion. Jean-Marie a lu le message de la secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées. Texte insipide qu’on dirait copié-collé d’un manuel d’histoire de Troisième. J’y ai appris, en passant, qu’aujourd’hui la guerre d’Indochine, celle d’Algérie, sont officiellement appelées des guerres de décolonisation. Et j’ai pensé à mon père et à ses commandements, lui qui s’est battu pour conserver à la France son empire. Quel triste reniement.

Vendredi 10 novembre 2017. 22h40.

Raphaëlle m’a commandé le portrait de Marc Villemain pour le numéro de la semaine prochaine. Mais le papier, à cause d’un encart de publicité, sera plus court de moitié. Dommage. Vraiment. La journée a filé un peu morne. Toujours ce temps pluvieux. Nous avons fait des courses à Granville. Rentrés sottement fatigués. Et si on débouchait du champagne ? Allez…

Jeudi 9 novembre 2017. 22h15.

Philippe Sollers accepte (bien volontiers, dit-il) de recevoir Steven à propos de Dominique Aury. J’ai appelé à Melbourne tout de suite. That’s terrific news. Well done, Xavier ! Je l’ai senti quand même un peu intimidé. C’est Amélie qui l’accompagnera au rendez-vous. Je serai à Carolles à ce moment-là et de toute façon, je suis bien incapable de faire l’interprête. La journée n’a été qu’une longue averse. La pluie a juste cessé comme je partais à la gare.

Mercredi 8 novembre 2017. 21h30.

J’ai planté les ravenelles, enfoui les pieds sous les feuilles mortes. Il faudra que je rajoute du terreau. J’ai repris le livre. En fait, je m’y réacclimate. Tout doucement. J’ai trouvé enfin un plan de Saigon. Il date des années 1920. Je cherchais depuis un bon moment. J’étais incapable en effet de retrouver les noms des rues, de situer les lieux qui étaient familiers à mon père et ma mère dans la Ho-Chi-Min-Ville contemporaine. Fait le compte aussi de ce que j’avais écrit jusqu’ici. C’est à dire pas grand chose. Cela va être difficile de tenir mon projet d’avoir terminé fin décembre.

mardi 7 novembre 2017

Mardi 7 novembre 2017. 20h15.

Journée blanche. Je n’ai pas avancé d’une ligne. Ou grise si l’on parle du temps et de mon humeur. Je suis quand même allé chez Hue, l’horticulteur de Saint-Pair, pour récupérer les giroflées ravenelles que j’y avais commandées la semaine dernière. Il a plu tout l’après-midi. Je n’ai pas eu le courage de les planter. Décidemment.

lundi 6 novembre 2017

Lundi 6 novembre 2017. 21h30.

Dans le train, Amélie a fini de transcrire mon interview avec Marc Villemain. Elle s’est chargée de l’affaire en balayant mes (peu véhémentes) protestations. Je vais trois fois plus vite que toi ! C’est vrai. N’empêche, c’est un sacré pensum et je lui suis bien reconnaissant de me l’avoir évité. Je suis allé voir Villemain mardi dernier à Etretat où il a une maison près de la plage. Je me faisais une joie de revoir les falaises, la Porte, l’Aiguille… Mais Etretat est un cauchemar. C’est Juan-les-Pins sur la Côte d’albâtre. Partout des gens en grappe, bruyants, des voitures à la queue-le-leu (plus d’une demi-heure pour réussir à me garer), ça sent la frite. Bref, j’ai tout de suite oublié l’idée d’aller faire un tour sur la grève. Mais, porte fermée, chez lui, nous avons passé presque deux heures riches de minuscules confidences. La sincérité, la vraie, est une qualité rare. Cela, j’espère, fera un beau portrait. Il me reste à l’écrire, sans rien trahir. Je dois m’occuper aussi de la venue de Steven à Paris. Il prépare un roman inspiré (c’est ce que j’ai compris) de la vie de Dominique Aury et me demande qui il pourrait rencontrer pour l’aider dans son projet. Je lui ai obtenu l’accord d'Angie David, seule biographe d’Aury et de Florent Georgesco qui avait édité le texte chez Léo Scheer. J’ai écrit à Josyane qui avait salué cette publication avec un très beau papier dans le Monde, et qui, comme Dominique Aury est jurée au Femina, pour lui demander si elle accepterait de le recevoir. Et si elle voulait bien aussi m’aider à contacter Sollers. Pas de réponse pour l’instant. C’est curieux tous ces gens qui ne répondent pas. Je commence à m’inquiéter. Qu’est-ce donc que je leur ai fait ? Ma belle sœur se mure dans le silence au sujet des papiers de mon père. Olivia n’accuse même pas réception de mes propositions, de mes demandes de rendez-vous. Et voilà que Josyane ne me dit ni oui, ni non, ni peut-être. Allez, je me remets au livre demain.

Dimanche 5 novembre 2017. 18h00.

Drôle de séjour à Paris. Sans rendez-vous de travail. De ce côté, je me sens un peu abandonné. Le mercredi 25 au matin, c’était l’enterrement au cimetière du Montparnasse d’Alexandre, le mari de Liana Levi. Rien que des proches et des proches de la maison d’édition. Embrassé Joëlle, Fanchita (quel âge a-t-elle aujourd’hui ?) douce et ridée, flageolante d’émotion et de faiblesse. L’heure n’était pas au vagabondage dans le cimetière, mais il m'a semblé que sa tombe n'était pas très éloignée de celle de Pierre Minet, ce poète et romancier de lui-même, si sensible, si exigeant, mort vers la fin des années 1970 et qui cessa d’écrire par passion amoureuse. Sur sa dalle, je crois me souvenir qu’il avait fait graver « écrivain », entre guillemets… Allia a réédité il y a peu La défaite, où il explique sa honte d’avoir tué en lui le poète qu’il était. Si je suis certain de quelque chose, c'est bien de cela. Je suis un vaincu. Pire encore, un déserteur, y avoue-t-il tout de suite. J’ai déjeuné (tard) avec Pascale. Traîné un peu avec elle au bar de la Perle, cet étrange hôtel de la rue des Canettes toujours désert. Elle m’a donné les épreuves de Chafouine, le texte d’Alain Galan qui sort en janvier. En la quittant, je suis allé m’installer au Rostand pour le lire. Une histoire de manuscrit abandonné, d’écrivain perdu. Et celle d’un improbable chat au masque de chouette. Tout cela dans le fouillis d’un Périgord limousin, un pays perdu, entouré d'étangs, de bois de taillis et de marécages. A mi-lecture, j’ai écrit un mot à Alain tant j’étais bouleversé. Coïncidence. Nous étions invités Amélie et moi à visiter l’exposition Sophie Calle (Beau doublé, Monsieur le marquis !) au musée de la Chasse où il était intervenu l’an dernier, au moment du salon « Lire la nature », pour Peau-en-poil. Je suis passé rapidement devant les accrochages et les installations, préférant les collections permanentes. Je suis là-bas comme un gosse, fasciné par les animaux naturalisés (il y a notamment deux gigantesques ours blancs dressés, griffes en l’air), m’arrêtant à chaque toile, à chaque objet. Nous avons dîné chez René, rue du Cardinal-Lemoine, un de ces lieux que rien n’a encore trop bousculé. J’étais fatigué. Je me fatigue maintenant à Paris. Ou je me fatigue de Paris, peut-être. Je ne sais pas. Déjeuné avec Marie le lendemain près de sa galerie, récupéré Gabrielle et Antoine l’après-midi à la gare Montparnasse. Voyage un peu long (à cause de l’automne et des feuilles mortes qui gênent la circulation des trains, il faut ajouter une bonne demi-heure au trajet), mais Amélie avait apporté toute une collection de cahiers de dessin et d’activités qui les ont occupé. Les enfants sont restés dix jours à la maison. Ils ont été gentils. Je crois qu’ils étaient contents. Jouer avec la chienne, se balader au bord de mer, s’offrir des apéros d’Orangina et de saucisson. A la sieste et le soir au coucher, je leur lisais Les quatre Fan’foudys d’Eugène David-Bernard, ce livre qui, de Madagascar à la Bretagne, parle des petites âmes et de la pureté de l’amour. Antoine suivait comme il pouvait, marquant son intérêt en questionnant à tort et à travers. Gabrielle se laissait porter par l’histoire. J’ai essayé Alice ensuite. Mais c’était trop tôt encore. Pour les deux. Gabrielle apprend à lire et à écrire. Aussi a-t-elle lu, tous les jours, tout (mais alors tout, des étiquettes et des emballages, aux journaux et aux albums de Caroline) ce qu’on lui a mis devant les yeux. Et écrit aussi, tous les jours, une lettre. A ses parents (auxquels il faudra peut-être un jour expliquer qu’au premier courrier de leur fille, on ne répond pas par texto…), à ses grands parents, à sa marraine et son parrain, à sa maîtresse d’école. J’en ai marre ! – Pardon ? – J’en ai assez. – Tu finis, il reste un mot, et on arrête pour aujourd’hui. – D’accord. De fait, il a juste fallu remettre un peu à niveau les curseurs de l’effort (léger) et ceux de la politesse (bonjour, s’il vous plaît, merci, pardon) et tout s’est bien passé. A la messe de la Toussaint, à l’abbaye de la Lucerne, Gabrielle a tenu ma main pendant presque tout l’office. Grillés aux pommes pour le dessert. Oui, je crois bien qu’ils étaient contents. Je ne savais plus comment faire de la pâte à crèpes. Je me suis battu avec une recette au déjeuner du dernier jour, mais elles étaient réussies. La Harpe nous accompagne à la gare ? Nous avons tassé la chienne dans la voiture. Je savais bien qu’en rentrant, la maison serait toute vide.

(…)

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mardi 24 octobre 2017

Lundi 23 octobre 2017. 22h00.

J’ai déposé la chienne chez Brigitte et Yann. Je pars à Paris deux jours J’espérais avoir un rendez-vous avec Olivia, mais je n’ai pas eu de nouvelles depuis mon message. Je passerai voir Nicole chez Caractères et je déjeunerai avec Pascale. J’avancerai dans mon papier sur Tout un monde lointain de Célia Houdart. Jeudi soir je rentrerai avec Amélie. Et Gabrielle et Antoine qui viennent à Carolles pour les vacances.

Dimanche 22 octobre 2017. 19h50.

Retour de la pluie. Une tisane de feuilles mortes infuse dans les flaques du jardin. Là aussi, il y a du travail à faire.

Samedi 21 octobre 2017. 21h15.

J’ai écrit un mot pour les six ans d’Apolline qui accompagnera les paquets de son anniversaire. Ma grande petite. Elle va apprendre à lire et à écrire cette année. Fabien, Isabelle et les enfants sont venus déjeuner à la maison. Il fait des rangements (euphémisme) chez son père. Tout est entassé là bas. Il y règne un indescriptible désordre, et la dernière compagne de Jean-Michel, qui y a habité un an après son décès, a laissé l’endroit dans un état de saleté repoussante. Fabien m’a proposé du bois de chauffage. Les bûches sont un peu vermoulues mais juste à la bonne dimension. Nous avons charrié des brouettes tout l’après-midi.

Vendredi 20 octobre 2017. 20h50.

Nous étions à Granville pour des courses. Amélie m’a invité au P’tit mareyeur, la poissonnerie du port qui fait aussi écailler. Il y avait des clams et des oursins, et des bouquets. Et de belles huîtres de Saint-Vaast. Et du sancerre aussi. Soleil sur le bassin. Nous étions en vacances. Trouvé un message de Raphaëlle au retour. Elle me passe deux commandes fermes dans mes propositions pour Le Monde. Un papier sur le Célia Houdart et un portrait de Marc Villemain. Ouf.

Jeudi 19 octobre 2017. 16h20.

Nathacha parle de mon Herbier des rayons dans sa chronique de La Croix. Ca m’a fait plaisir. Ca m’a réconforté. Car je n’ai presque pas travaillé cette semaine. Je suis encore dans un chapitre qui ne se boucle pas. Rien à faire lire à Amélie qui en vaille la peine.

Mercredi 18 octobre 2017. 20h30.

Quatre ans que Georgette est morte aujourd’hui. Je voulais faire un mot à ma cousine Josette. Je ne l’ai pas fait. Je crois que je ne sais plus partager les souvenirs. Si tant est que j’en ai été capable un jour. Je me renferme sur mes deuils. Je les étouffe d’oubli. Envoyé un message à Olivia pour lui demander un rendez-vous. Je suis sans nouvelles de mes propositions pour Elle que je lui ai adressées voilà maintenant un mois. Je m’explique mal ce silence. Je n’ai plus guère d’amour propre mais les soucis d’argent (enfin, le manque d’argent…) me rongent.

Mardi 17 octobre 2017. 18h30.

Pierre Adrian a reçu le prix Nimier pour Des âmes simples. Il lui est remis ce soir au Fouquet’s. J’aurais bien aimé trinquer avec lui à son succès. Amélie y va. Elle le fera pour moi.

Lundi 16 octobre 2017. 21h50.

J’étais allé promener La Harpe sur la falaise vers la Croix Paquerey quand le ciel s’est couvert d’un coup d’énormes nuages, sombres, épais au point de faire virer le ciel du matin en une sorte de crépuscule. J’ai pensé à un gros orage et j’ai hâté le pas pour rentrer à la maison. Puis le vent s’est levé. Un vent tiède, poisseux, et le gris foncé du ciel a viré marron sale avant de devenir couleur d’ambre. L’air portait des odeurs de brûlé. Sur la mer, plus d’horizon. Quelle effrayante étrangeté. J’ai mis un moment à comprendre que tout était devenu silencieux aussi. Pas un seul chant d’oiseau. Ce temps bizarre et inquiétant a duré la journée entière. J’ai guetté en vain au carreau une trouée de lumière. J’étais sans forces. Epuisé d’animale inquiétude. Il y a une explication. La tempête Ophélia soufflant sur l’Atlantique emporte avec elle du sable des déserts et de la fumée des incendies des forêts portugaises. C’est tout cela qui était en suspend.

Dimanche 15 octobre 2017.

J’ai relu le livre, abandonné depuis jeudi. Amélie est allée courir sur la plage.

Samedi 14 octobre 2017. 23h40.

J’ai pris des places pour Tartuffe avec Michel Bouquet à la Porte Saint-Martin. J’avais promis à Louise. Dîner chez Brigitte et Yann. Il avait préparé un roumazaf (ou romazava ?). Le plus intéressant dans cet espèce de pot-au-feu malgache, ce sont les brèdes mafanes, une astéracée de là-bas qui se cuisine, feuilles et fleurs en boutons, comme les épinards et dont la saveur tient du poivre, de l’ortie brûlante. Il se les procure sur le marché de Rennes. On devrait sans difficultés en trouver à Paris.

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