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mercredi 11 juillet 2018

Mardi 10 juillet 2018. 22h00.

La chienne tourne en rond. Elle part dans le jardin. Revient. Traverse toutes les pièces le museau au sol. Lève le nez à la fenêtre. Enfin, elle se plante devant la porte du couloir et elle attend. Mais il n’y a plus personne. Que moi. Thomas a pris le train pour Paris dimanche soir. Victoria, Valentine et Apolline se sont envolées pour Nice, lundi matin, de l’aéroport de Rennes. Et j’ai accompagné Amélie à la gare le soir. Je suis comme un brouillon chiffonné dans une corbeille à papiers. Nous avons passé de magnifiques journées. J’étais déjà très content que Thomas vienne à la maison. Depuis des années, nous avions demandé en effet, sans succès, à Séverine, qu’elle veuille bien nous le laisser de temps en temps. Je m’entends bien avec ce bonhomme. Je crois qu’il ressemble un peu au petit garçon que j’étais. Nous sommes allés nous balader une matinée tous les deux (avec Apolline aussi) armés d’un grand filet faucheur pour ramasser des insectes dans les hautes herbes. Nos captures : quelques sauterelles des chênes, une argiope fasciée, des téléphores roux, des punaises des bois, des criquets. Il a patiemment tout identifié au retour. Noms vernaculaires et noms latins. Durant le séjour, il a été plein d’entrain et d’intelligence vive. Riant, dévorant comme quatre, jouant avec la chienne. Séverine l’avait décrit à Amélie comme le Patraque de la chanson d’Ouvrard (J’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, le colon tout en long, et l’coccyx qui s’dévisse). La veille de son arrivée elle lui avait fait même passer une fibroscopie sur les conseils d’un médecin du genre âpre à l’acte. Il a des problèmes de clapet, aurait diagnostiqué ce sombre Diafoirus. Tu parles. Il faut croire qu’il existe deux Thomas. Celui qui vit à Saint-Cloud chez ses parents, et… l’autre. Que sa petite sœur Agathe ait été, depuis qu’elle est bébé, opérée, re-opérée, et encore opérée (il est d’ailleurs question encore de recommencer) pour des problèmes digestifs, n’est bien sûr pas étranger à l’affaire. Fichue angoisse. Je crois qu’il a surtout envie qu’on lui lâche la bride. Qu’on lui fiche la paix. Les filles ont été, je dirais volontiers « comme d’habitude », merveilleuses. Sauf qu’en ce qui les concerne, il n’y a vraiment pas d’habitude. Avec la distance, nous les voyons bien peu. Quelques jours par an, à Mexico ou pendant leurs vacances en France. A chaque fois, je les trouve changées, profondément. Toujours en bien. On peut dire, comme dans l’Evangile de Luc, qu’elles grandissent en grâce (en stature) et en sagesse. Ce qui ne les a pas empêchées ici de s’amuser comme des folles. La chienne a été à la fête comme cela lui est rarement arrivé. D’où son effarement triste d’aujourd’hui. Moi, depuis que cette petite troupe est partie, je trouve la maison, d’un coup, toute désenchantée.

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mardi 10 juillet 2018

Mardi 3 juillet 2018. 23h15.

C’est le temps des enfants. Gabrielle et Antoine sont restés à la maison de jeudi dernier à dimanche. Ils poussent vite et un peu dans tous les sens ces deux-là. Sept ans, quatre ans. La différence d’âge s’est vraiment creusée au moment où Gabrielle a appris à lire et à écrire. Mais alors qu’elle cavalait loin devant, dans une frénésie de savoir et de connaissances, enthousiasmée d’indépendance, voilà qu’elle semble maintenant l’attendre. Comme si elle craignait de l’abandonner. Du coup, ils se retrouvent toujours dans le « en même temps et ensemble ». Loin d’être désagréable pour nous. Au contraire. Mais j’ai l’impression qu’on leur rendrait service en les prenant, de temps en temps, séparément. Je crois que je pourrais être davantage attentif à ce qu’ils sont l’un et l’autre. Amélie n’est pas de mon avis. Elle pense, au contraire, qu’il faut laisser se développer cette espèce de lien fusionnel qui leur permet de faire face (de résister ?) à un environnement familial pour le moins compliqué. Marion et Jérôme sont au bord de la rupture, puis plus du tout, et au contraire. Ca souffle le froid, le chaud. Comment ne pas imaginer combien ce doit être déroutant pour les deux petits. Amélie a sans doute raison. J’ai grandi seul et je ne mesure pas bien l’importance de la relation fraternelle. N’empêche, à la rentrée, je vais m’arranger pour passer avec Gabrielle quelques mercredis après-midis, comme je l’avais fait il y a trois ans. Musées, expositions, théâtre, restaurants en tête à tête, grandes discussions. C’était un peu, à ce moment-là, entrebailler la petite porte d’Alice. Elle a gardé une nostalgie, un peu floue, de ces jours. Ils sont pour elle déjà bien lointains. Demain, ce sont Victoria, Valentine et Apolline qui arrivent avec Amélie au train du soir. Thomas, le fils de Séverine, les accompagne. Je suis impatient et heureux.

mardi 3 juillet 2018

Lundi 2 juillet 2018. 20h10.

Le Sanders’ White du portique est à présent complètement défleuri. Les roses se font rares ailleurs. Quelques unes s’accrochent encore sur Munstead wood, Royal jubilee, The Alnwick rose. Reste le massif d’hortensias. Celui des Générale vicomtesse de Vibraye. Il forme de gros bouquets tombants, lourds, roses et mauves. Qui donc était cette dame ? Je sais juste que la variété a été nommée ainsi vers 1900 par Emile Mouillière, son obtenteur, horticulteur à Vendôme. Ce ne doit pas être trop difficile à trouver. Il y a longtemps que j’ai le projet d’aller réveiller les noms des plantes de mon jardin. Ainsi de Cécile Brunner ou d’Albéric Barbier. Cela ferait un joli recueil. Mais j’ai avant autre chose, sinon à finir, du moins à continuer. Marie m’a donné des nouvelles de son chat. Elle l’a récupéré de chez le vétérinaire. Vieux chat, m’écrit-elle, il a des médicaments pour le cœur à vie. Comme moi... Mon portrait de Paule du Bouchet est paru jeudi dernier dans Le Monde. Lors de notre entretien, fin mai, elle m’avait parlé du Livre noir sur l’extermination de juifs en URSS et en Pologne de Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg. En le lisant de manière documentaire pour un de ses romans jeunesse qui se passait dans le ghetto de Varsovie, elle m’avait dit y avoir découvert, précisement, ce qu’il était advenu à sa famille. Grand-tantes et cousines. J’avais ce texte, ces deux volumes, à la maison. Je crois que je ne les avais jamais ouverts. C’est une succession de récits effroyables. Humiliations, massacres, tortures. Des gens énucléés, des femmes, des jeunes filles, aux seins tranchés, des nourrissons massacrés. Atroce. Je me suis surpris à tourner les pages, de plus en plus vite, dans une espèce de frénésie étrange, déplacée. Je me suis souvenu de ma lecture, trop jeune homme, des Cent vingt journées de Sodome et de cette addiction nauséeuse qui me faisait avancer, défendant, malgré, dans le récit de Sade. Retrouvé cette inquiétante fascination de l’épouvante. J’ai replacé le livre dans les rayonnages. Où est ma peur, mon angoisse, mon Dieu ?

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Mardi 26 juin 2018. 21h00.

J’ai jeté mon travail de deux semaines. Ce n’était que quelques pages que j’aurais mieux fait de ne pas écrire. Je suis découragé. Atteint à nouveau par la torpeur et le dégoût. Le démon de l’acédie a repris mon âme. Mes nuits s’épuisent en mauvais rêves. Je me réveille. Je peine à me rendormir, tenu par la crainte de glisser dans un nouveau cauchemar. Et les journées traînent.

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mardi 19 juin 2018

Mardi 19 juin 2018. 17h20.

Beuys, le chat de Marie, ne va pas très fort. Hier, elle a dû l’emmener chez le vétérinaire qui l’a gardé en observation. Il serait insuffisant cardiaque. C’est un vieux chat que je n’ai pas vu vieillir. Marie est bouleversée. J'ai beau toujours avoir été allergique à cette grosse boule de poils (j’éternue…), je suis bouleversé aussi.

Lundi 18 juin 2018. 22h15.

J’ai envoyé le papier à Raphaëlle. Passé une journée molle (Peu dormi. J’avais fini de rédiger très tard). Ecrit un long courriel aux membres du jury du prix Pagnol. Je démissionne. Je ne comprends vraiment pas, et ce n’est pas faute d’y avoir réfléchi, pourquoi a été désigné dès le premier tour de vote un livre qui, quelles que soient ses qualités propres, ne parle pas d’enfance. Pas envie d’ergoter. Il m’est paru plus sage de m’en aller. A la fin de mon message, j’ai placé cette réplique de Fanny : - Va, Marius, tout ce que nous pourrions dire maintenant, ça ne peut plus servir à rien. Va t'en, va. Ne remuons pas le passé./ - Il n'y a pas besoin de le remuer. Il bouge bien assez tout seul. N’empêche, il y a des gens que j’aime bien là-bas.

Dimanche 17 juin 2018. 22h30.

A cause de la grève qui dure toujours à la SNCF, j’ai accompagné tôt Amélie à la gare. Me suis plongé dans Cliff. Pied à pied nous marchons dans le vers du poème,/ et c’est à chaque fois comme s’il nous aidait/ à graver la vérité de la vie quand même/ elle nous fait trembler dans ce que l’on était/ et qui s’effrite peu à peu à chaque pas./ Mais nous continuons à marcher n’est-ce pas ?/ et bêcher le jardin parce qu’il faut le faire/ même si nous avons mal au dos en bêchant,/ il le faut faire afin que notre accent/ s’inscrive congrûment dans le chant de la terre.

Samedi 16 juin 2018. 19h45.

Nous avons écouté, sur France Culture, Une vie, une œuvre, l’émission d’Irène Omelianenko consacrée à Bruno Durocher pour laquelle Françoise Estèbe m’avait enregistré chez Caractères fin mai. C’était étrange d’entendre à nouveau la voix de Bruno Durocher. Etrange aussi de retrouver la mienne à la radio. Je ne m’étais pas entendu depuis Jeux d’Epreuves. Nous sommes partis en balade. Dans les prairies, sur la falaise, la chienne bondit parmi les graminées. Elle lève des lapins qu’elle ne poursuit même pas, toute occupée qu’elle est à ses sauts dans les hautes herbes. Puis d’un coup, elle s’enfouit dans l’épaisseur des tiges, au milieu des vulpins, des avoines, des fléoles. Elle disparaît dans cette mer ondulante. On guette. On attend. On appelle. La Harpe ! La Harpe ! Et au bout d’une éternité, elle surgit, loin, d’un endroit où, vraiment, on ne l’attendait pas.

Vendredi 15 juin 2018. 22h00.

Marché à Jullouville. Courses à Granville. Promenade sur la falaise. Main dans la main. Une journée de riens. Si doux.

Jeudi 14 juin 2018. 21h10.

La chienne et moi, jouons au cœur qui bat le plus vite quand Amélie descend du train à la gare.

Jeudi 14 juin 2018. 17h00.

J’ai écrit à Gabrielle pour savoir où elle en était de son lapin noir perdu dans l’avion et miraculeusement « retrouvé ». Dans une énigmatique lettre en espagnol que je lui avais adressée le mois dernier, l’animal lui donnait de ses nouvelles depuis le Mexique où il avait été recueilli dans une famille. Restait à Gabrielle, pour le récupérer, à appeler Camille, sa marraine, à Mexico. Elle devait (c’est le rôle des marraines dans les contes) débloquer la situation d’un coup de baguette magique. J’attendais juste le feu vert de Camille pour envoyer la bestiole, par la poste, à sa propriétaire. Mais j’ai le sentiment qu’il ne s’est rien passé. Gabrielle qui tenait tant à ce malheureux lapin, s’en fiche à présent. Elle a grandi. Bien vite. A sept ans, elle semble bien déjà ne plus croire aux hasards merveilleux. Et moi qui ai teint en noir une peluche marron, et qui ai inventé autour toute une drôle d’histoire, je suis triste, comme un enfant vieilli.

Mercredi 13 juin 2018. 22h50.

Raphaelle m’a passé la commande ferme du papier sur William Cliff. Il a fait paraître presque simultanément, il y a peu de temps, un long poème en huit « liasses », Matières fermées, à la Table Ronde et Au Nord de Mogador, un recueil, au Dilettante. Je suis très sensible à la poésie de Cliff, à sa manière de dire en cadence, en sonnets, en rimes, son intime ordinaire. Je me suis souvenu, encore, de ma venue, chez lui, à Gembloux. Du paysage plat, de l’entre-champs que coupait, droite, une ancienne voie romaine. On s’est croisés ensuite, plusieurs fois, au marché de la poésie, place Saint-Sulpice. Il devait y être cette année. Ca s’est fini dimanche, je crois. Dîné chez Brigitte et Yann. Je suis rentré un peu gris et content.

Mardi 12 juin 2018. 19h45.

C’est une véritable frénésie d’oiseaux dans le jardin. Les années précédentes, ils avaient plutôt tendance, à la belle saison, à se détourner des graines et des pains de graisse que je laissais, par habitude, à leur disposition. Mais là… Les mangeoires sont envahies de passereaux. Ils s’y agglutinent. Mésanges bleues et charbonnières (quelques huppées), pinsons, rouges-gorges, sitelles, moineaux, accenteurs mouchets, verdiers. Par moments, de plus gros les font fuir : corneilles, pies, geais, ramiers et tourterelles. J’ai vu, sur le toit de la cabane à outils, un pic-épeiche donner la becquée à un jeune tout dodu, à calotte rouge. Je suis émerveillé et effrayé. Qu’est-ce donc qui leur arrive ? En plein printemps, ils n’ont plus de quoi se nourrir ?

Lundi 11 juin 2018. 21h00.

Il n’avait pas plu, mais tout juste, vendredi, à la saint Médard. Aujourd’hui, jour de saint Barnabé, censé remettre tout en ordre, le temps est resté gris et froid. Difficile de faire des prévisions pour l’été. Je travaille. Pour pas grand chose. Quelques lignes à peine. Celles pour évoquer la disgrâce de mon père, renvoyé injustement d’Indochine par de Lattre de Tassigny. Et communier avec son amertume.

lundi 11 juin 2018

Dimanche 10 juin 2018. 20h10.

Longue promenade sur la falaise. Le temps était brumeux et moite. Laiteux. Etouffant. J’ai accompagné Amélie à la gare. Orage en suspens. Pourvu qu’il ne pleuve pas à l’arrivée à Paris.

Samedi 9 juin 2018. 23h50.

Il a plu depuis tôt le matin. Amélie est partie au marché sous des cordes. J’ai préparé mes questions pour la rencontre avec Cécile Reyboz. Vague éclaircie lorsque je suis allé la chercher à la gare de Granville. Je suis content qu’elle soit là. J’ai une vraie admiration pour sa manière d’écrire l’intime, ses grandes et petites tragédies. Elle le fait un pas de côté, l’air de ne pas y être. Et pourtant, elle livre tout avec une grande liberté, une absolue franchise. Elle a du cran aussi. Nous avons fait un peu traîner le déjeuner, salade de homard et rosé frais. Courte balade en Baie entre deux averses avant de rejoindre la salle. Le mauvais temps n’avait pas trop fait fuir les gens. La conversation a duré un bon moment. J’ai pu y glisser cet extrait de la lettre qu’écrivait en 1840 Charles Dodgson à son fils, le futur Lewis Carroll (il avait huit ans) à propos d’outils qu’il avait envoyé chercher en ville : … si on ne me les apporte pas sur-le-champ, je ne laisserai rien en vie, hormis un petit chat, dans la ville de Leeds. Et alors quel vacarme se sera ! Les cochons et les bébés, les chameaux et les papillons rouleront ensemble dans le ruisseau ; les vieilles dames grimperont dans les cheminées poursuivies par des vaches ; les canards se cacheront dans les tasses à café ; les oies bien grasses essayeront de se faufiler dans des boîtes à crayons ; et finalement,on trouvera le maire de Leeds dans une assiette à soupe, recouvert de crème anglaise et tout garni d’amandes pour le faire ressembler à une frangipane. Ce pour tenter, à la déroutante et permanente autodérison dont Cécile Reyboz bouscule ses textes, à sa manière de mettre le monde cul par-dessus tête, d’accrocher une espèce de parenté du loin. Joyeux dîner à la maison où nous avions invité Sophie (qui enregistre toutes les Rencontres et les diffuse sur Avranches FM) et son mari Benoît, qui est vétérinaire à Sartilly.

Vendredi 8 juin 2018. 21h20.

J’ai travaillé au jardin toute la journée. Désherbé à l’arrière de la maison pour que M. Mitaillé puisse passer le coupe bordures avec netteté. Redressé encore les rosiers. Ramassé les pétales qui jonchent partout le sol. La pluie a eu presque raison des Adélaide d’Orléans, des Cécile Brunner. Leurs fleurs fanées font des taches brunes lépreuses. Le printemps est déjà fini. J’ai relu les livres de Cécile Reyboz qui vient demain pour les Rencontres. Jean-Pascal est passé avec un énorme bouquet de romarin. Il rentre à Caen ce soir. Agathe va au bal de son lycée. Robe longue et hauts talons. Elle aussi, comme Camille, a dix-sept ans. Avec qui a-t-elle envie de danser ?

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