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dimanche 7 avril 2019

Samedi 6 avril 2019. 14h30.

J’ai passé l’aspirateur. Il était plus que temps. Amélie est arrivée à Metz pour, encore, un salon du livre. Nous y étions allés ensemble, en décembre 2008, rencontrer André, alors directeur du séminaire (il est maintenant chanoine de la cathédrale Saint-Etienne), avant qu’il bénisse notre union l’été suivant à Antibes. Elle n’aura, je pense pas le temps d’aller lui rendre visite.

Vendredi 5 avril 2019. 21h40.

François Broche a reçu mon petit mot sur son livre, La cathédrale des sables. Je lui avais griffonné quelques lignes un peu maladroites pour lui dire à quel point il m’avait ému et emporté. Il raconte la bataille de Bir-Hakeim au milieu de laquelle son père est mort, le 9 juin 1942. Il la fait revivre avec une saisissante proximité. Il en sait tout, François. Il en a tout appris. Il en a tout compris. Il l’a portée en lui toute sa vie, lui qui n’a pas connu ce père, déjà en poste, au loin, au moment de sa naissance. Nous sommes liés lui et moi, par nos pères, justement. Ils s’étaient rencontrés à Tahiti en juin 1940 et avaient, ensemble, rallié la France libre. Puis rejoint la Nouvelle-Calédonie. De là-bas, deux contingents devaient partir de pour le Moyen-Orient. Mon père avait été désigné pour prendre le commandement du premier, Broche celui du second. Mais il avait demandé à de Gaulle, en qualité de plus ancien, d’aller au feu sans délai. Et cela lui avait été accordé. Les Japonais menaçaient l’île. Mon père est resté. Il n’y a pas eu d’autre départ. Je crois qu’il a toujours pensé que son frère d’armes était tombé à sa place. J’ai connu François par hasard, il y a un peu plus de dix ans, autour d’Henri de Régnier dont il avait publié les Cahiers (j’éditais Escales en Méditerranée chez Buchet). Nous nous sommes reconnus. Il est mon aîné d’un peu plus de quinze ans. Nous nous voyons bien peu. Un déjeuner de temps en temps. Notre relation est tacite, chargée de tout un passé que nous n’avons pas vécu. Avec deux pères absents, pas de la même absence, mais que leur histoire fait se rejoindre.

Jeudi 4 avril 2019. 20h50.

Les camélias défleurissent. Les jonquilles et les narcisses sont fanés. On ne voit presque plus de violettes, plus de ficaires. Dans le jardin, le tout premier printemps est déjà fini. Je guette les orchis au pied du sapin. Les jacinthes commencent à remplacer les primevères. La falaise est maintenant toute jaune des genêts et des ajoncs. Il y a tant de saisons dans une saison. Je suis passé devant (anciennement) chez Perron. De la maison, il ne reste plus qu’un tas de pierres. Un autre de ferrailles. Elle a été détruite en deux jours. C’était prévu. Depuis longtemps. Mais comme les choses traînaient, je me disais que, peut-être, la nouvelle propriétaire des lieux avait changé d’avis. Elle avait acheté l’endroit il y a quatre ou cinq ans. Refait entièrement, agrandi, la petite maison du gardien pour s’y installer. En attendant… Elle m’avait expliqué alors que son architecte lui avait déconseillé de se lancer dans la restauration de la villa. Mieux valait faire du neuf ! C’était pourtant un bâtiment XIXe magnifique, de cette architecture cossue des villégiatures de l’époque. Le dernier héritier, le fils Perron, n’avait rien entretenu. Il avait même fini par tout saccager. Pauvre maison abîmée, abandonnée, maintenant détruite. Ca me serre le cœur. Nous rêvions, Amélie et moi, d’un jour l’acheter. Un jour… Elle voulait en faire une résidence d’écrivains.

Mercredi 3 avril 2019. 23h15.

Avec le printemps c’est le retour du dossier de presse du festival du Livre de Nice. Cela fait sept ans que je m’en occupe. Un bail. Et cette fois-ci encore, les informations arrivent au compte-gouttes. Les quinze jours qui viennent risquent d’être un peu compliqués. Je suis passé chez Brigitte et Yann. Ils m’ont gardé à dîner. Je les inquiète. Ils voudraient m’aider. J’ai réfléchi à tes problèmes d’édition m’a-t-il dit. Pourquoi ne traduirais-tu pas ton livre en anglais ? Tu pourrais le faire publier à l’étranger. – Oui… On va peut être commencer par essayer plus simple.

Mardi 2 avril 2019. 18h00.

La maison est dans un état épouvantable. J’y campe. Tout est encombré de livres et de paperasses. La vaisselle s’entasse dans l’évier. Je n’ai pas passé l’aspirateur depuis une semaine. Il est urgent aussi que je fasse une lessive. Mais j’ai rechargé les mangeoires des oiseaux.

Lundi 1er avril 2019. 22h10.

J’ai travaillé au papier sur Un jour, on entre en Etrange pays de Colette Mazabrard. Pas facile d’écrire sur ce livre en ce moment. Ce récit de maladie, de cancer (du rein, en plus), s’agrippe à mes récentes angoisses. Mais c’est vraiment un beau texte où la douleur et la peur s’apprivoisent. Pour un peu on les ferait ronronner comme des chatons. Et ça parle aussi de voyages, en échappée belle. De villes étrangères et de retour à la maison. Alors...

vendredi 5 avril 2019

Dimanche 31 mars 2019. 19h30.

Le papier est terminé. Je l’ai envoyé à Alice. J’ai emmené la chienne faire un grand tour. Sur la falaise, la prairie commence à monter. Elle s’y jette, fait des bonds, disparaît, elle me rejoint par où je ne l’attends pas. Elle avait vraiment besoin de cavaler. Et moi de prendre l’air.

Samedi 30 mars 2019. 23h20.

Je le savais, mais s’y replonger… Quelle existence que celle d’André Baillon, cet écrivain belge qui a connu un temps le succès en France avant d’être bien oublié. Si ses livres ont commencé à être republiés à partir des années 1970, peu de gens le connaissent. Il a fait de sa vie un roman. Et d'ailleurs, c'est ce qu'elle est. Un roman plutôt triste. Même désespéré. Il est né en 1875 à Anvers, et perd son père à un mois, sa mère à six ans. On le fait élever par une vieille tante autoritaire et bigote. Séparé de son frère aîné, il est envoyé dans des pensions religieuses et en sort révolté et fragile. Il se fait mettre à la porte de l’université parce qu’il fréquente ostensiblement une prostituée avec qui il finira par se mettre en ménage. Tous les deux mèneront la vie de patachon (il dilapide à toute vitesse son héritage) avant qu’il ne tente de se suicider (une première fois. Il recommencera.). Il finit par épouser une autre prostituée, plus maternelle, et tombera éperdument amoureux d’une pianiste. Quittera l’une pour retrouver l’autre, et vivra (à Bruxelles, à Paris) finalement un peu avec les deux. Il déraille vraiment Baillon. Il commence à éprouver des sentiments coupables pour la fille de sa pianiste (dame, elle grandit, elle a maintenant seize ans). Il est interné à la Salpétrière. L’attend encore une grande passion avec une jeune poétesse et romancière (elle a vingt ans de moins que lui) et finit par se suicider pour de bon, à 56 ans, en 1932, en s’avalant des barbituriques. Tous ses livres ressassent son parcours biographique, ses malheurs biographiques. Il cherche, fouille, gratte en lui-même, dissèque sa mémoire et ses chairs. Et va plus profond encore. Il extirpe ses angoisses, ses manies, ses délires. Sa folie douce, sa folie aigre, car il est fou comme un bourdon et malheureux comme les pierres. Si finalement il invente (s’il se fait simulateur de lui-même) c’est pour être plus crédible. Pour faire vrai, se sentir vrai. Son œuvre, une dizaine de livres, est unique. Pas d’autre mot que cela. J’ai rattrappé un peu le temps perdu. Je commence à tenir mon papier. Nous nous sommes téléphonés plusieurs fois dans la journée, Amélie et moi. Elle est très occupée avec son festival Quais du polar. Il fait beau à Lyon me dit-elle. Ici aussi. Très beau. Mais je n’ai pas mis le nez dehors.

Vendredi 29 mars 2019. 15h50.

Je me suis mis au papier sur Baillon. J’ai vraiment du travail. Toutes les lectures que j’ai faites jusqu’ici ne me servent en effet pas à grand chose. Je n’ai pas pris de notes. Il faut que j’y retourne.

Jeudi 28 mars 2019. 13h20.

Train tôt. J’ai récupéré la chienne boueuse et heureuse.

Mercredi 27 mars 2019. 22h10.

Rangements, courrier. J’ai flâné dans Paris. Pris un café avec Marc en terrasse au Buci. Parlé de mes malheurs d’édition. Quand quelque chose m’accable, je reste sans bouger. Incapable de rien faire. J’avais un rendez-vous pour un examen des yeux dans un laboratoire spécialisé. Je n’y vois presque plus du côté droit. Il va falloir m’opérer. J’ai l’impression d’être un vieux vêtement qui craque à côté des dernièrs racommodages. J’ai traîné pour y aller. Fait tout un tas de petits détours. Le pont Neuf, la place Dauphine. Je suis entré dans Saint-Germain-l’Auxerrois. En 1973, 1974, j’avais dix-huit ans, je venais d’entrer à la fac. Je vivais depuis quelques mois, rue de l’Arbre-sec, avec Bernadette, ma prof de français de première. Je ne devais pas être si à l’aise que ça de l’aventure. Enfin, c’était compliqué. J’avais voulu aller me confesser. Le prêtre, à Saint-Germain, m’avait refusé l’absolution. J’en étais sorti étrangement libéré. J’avais fait un choix, et je m’en portais bien. Notre histoire a duré deux bonnes années. Je n’avais pas mis les pieds dans cette église depuis. J’ai cherché à retrouver le confessionnal. J’en ai vu un mais il ne m’évoquait pas de souvenirs. J’ai traversé le Louvre. Je suis resté un moment au Palais-Royal, les galeries, le jardin. J’ai fini en remontant le passage Vérot-Dodat. J’étais pile à l’heure au centre d’examens. En sortant, je suis entré chez Delamain. Vu un exemplaire du Raphaël de Lamartine. L’édition originale de 1849. Avec un envoi autographe. Hors de prix… J’ai marché jusqu’au Luxembourg. Et j’ai attendu Amélie au Rostand en faisant, à nouveau, un peu de courrier.

Mardi 26 mars 2019. 23h00.

J’ai déposé La Harpe à L’arche de Léo. Séparation joyeuse. C’est vraiment les vacances pour elle quand elle arrive là-bas. J’ai relu Délires d’André Baillon dans le train. Je dois le papier à Alice pour la fin du mois. Voyage pénible. J’ai de plus en plus mal au dos. Et je m’inquiète. Je gamberge. Mi-février, j’ai fait ma tournée des médecins et mes analyses n’étaient pas terribles. Le taux de je ne sais pas quoi était vraiment beaucoup trop élevé. Vous n’avez pas mal aux reins ?, m’a-t-on demandé. – Ben non, enfin je ne sais pas. Et là je m’interroge. Ai-je mal au dos ou mal aux reins ? Amélie rentrait de son pilates. Elle m’attendait à l’arrivée.

Lundi 25 mars 2019. 19h40.

J’ai reçu un message de Jacques pour le jury du prix Printemps du roman de la ville de Saint-Louis. La réunion de délibération est prévue le 13 avril à midi au Bistrot de Paris. Je ne sais pas si je pourrais y aller. Ce n’est pas bien sûr. Je n’y ai pas assisté depuis au moins deux ans. En 2018, nous étions à Chassignolles pour le centenaire de la naissance de ma mère. Malgré mon absence, j’avais été content, cette fois-là, de pouvoir donner un coup de pouce aux Hommes de Richard Morgiève. Comme je l’avais fait en 2012 pour La confusion des peines de Laurence Tardieu. Ce prix est le seul où je me maintiens encore. Là, j’y amène François, roman de François Taillandier (Serez-vous des nôtres ? d’Emmanuelle Pagano, l’autre titre que j’avais présenté, ayant été écarté à la première sélection).

lundi 25 mars 2019

Dimanche 24 mars 2019. 20h30.

J’ai déposé Amélie à la piscine de Granville où elle suit des cours de gymnastique aquatique sportive. Tu devrais venir avec moi, au moins pour nager. Elle a raison, mais pour nager seulement. D’autant que mon mal de dos ne passe pas. Une prochaine fois ? J’ai été promener la chienne sur le port. Je suis passé chez le pépiniériste acheter un plant de genêt des teinturiers pour Cathie et Etienne chez qui nous étions invités à déjeuner. Ils font comme toujours assaut de gentillesse. Nous remplissent les assiettes et les verres malgré nos protestations. Allons, allons… Ambiance de famille. Tu reviens dimanche !, m’a dit Etienne quand il a su que j’étais tout seul le week-end prochain. Amélie sera à Lyon pour le festival Quai du polar. Et la semaine suivante à Metz.

Samedi 23 mars 2019. 23h00.

Nous sommes allés faire courir la chienne sur la plage. Je n’arrive toujours pas à travailler. Je me tiens comme entre parenthèses. Je me suis forcé à m’occuper un peu du jardin. Rempli les mangeoires des oiseaux. Brigitte et Yann sont venus dîner. Ils sont rentrés hier soir de Marrakech. Contents de leur séjour. Visiblement, leurs histoires immobilières s’arrangent. Tout n’est pas encore réglé mais ils ont bon espoir. J’avais fait rôtir un poulet au four. Doré. Fondant. Réussi pour une fois.

Vendredi 22 mars 2019. 14h30.

Marché à Jullouville. Le casino a rouvert sa terrasse. Nous avons pris un verre au soleil, face à la mer. Une bande de brume laiteuse tranchait sur l’horizon tout bleu.

Jeudi 21 mars 2019. 20h20.

J’ai téléphoné à la caisse de retraite. Je ne vois plus en effet comment, à très court terme, je vais pouvoir boucler mon budget. La personne au bout du fil m’a confirmé que j’avais droit de la demander. Mais, je crois qu’en ce moment rien n’est simple, il semble que plus de dix années de ma « carrière » n’aient pas été prises en compte. Elle va m’envoyer un relevé. A charge pour moi de retrouver les documents qui prouvent que j’ai bien cotisé dans ces périodes manquantes. Je ne suis pas sorti d’affaire. Bonjour, nouvelle inquiétude… Avant d’aller chercher Amélie à la gare, j’ai fait un grand ménage (ces trois derniers jours, j’ai tout laissé aller et la maison étouffe sous le désordre). Courses aussi. J’ai acheté du saumon et du haddock pour un tartare. Préparé une salade de fenouil et brocolis émincés, persil en feuilles et pistaches. Le temps est toujours au beau.

Mercredi 20 mars 2019. 16h40.

Reçu la confirmation écrite (par courriel) du refus d’hier. Elle précise que puisqu’il ne veut pas du manuscrit, il m’abandonne mon à-valoir, mais qu’en cas de reprise par un autre éditeur, l’usage veut que la somme que j’ai reçue soit remboursée en tout ou partie par ce dernier. Ce que j’en comprends aujourd’hui, c’est que cela bloque mon texte. J’ai passé quelques coups de fil. On me dit de ne pas m’en faire, que c’est purement formel. N’empêche.

Mardi 19 mars 2019. 21h15.

Maman aurait 101 ans aujourd’hui, jour de la saint Joseph. Je suis allé au cimetière. La tombe est dans un état épouvantable. J’en suis reparti tout honteux. Coup de fil de Manuel Carcassonne au retour. Il a reçu ma lettre malgré que la Poste la considère toujours en vadrouille. L'échange n’a pas duré très longtemps. Il refuse le manuscrit. Ses explications ne sont pas forcément extrèmement claires. C’est un ensemble, en fait. Elle tiendraient plutôt dans la formule de circonstance : Votre texte ne correspond pas à la ligne éditoriale que défend notre maison... Il me dit que l’édition a bien changé depuis que j’ai signé le contrat du livre. Et que d’ailleurs, ce contrat, ce n’est pas lui qui l’a signé avec moi… Bon, je m’y attendais un peu après notre rencontre du 7 mars. Mais quand même. Quelle ironie. Le temps dehors était magnifique. Je suis allé au jardin. J’ai installé sur la terrasse les grandes jardinières achetées la semaine dernière. Je les ai remplies de terreau et je suis allé chez Hue à Saint-Pair chercher quelques plants d’aromatiques et de condimentaires. Persil, coriandre, thym. Mal au dos, encore, en fin de journée. Plein le dos…

Lundi 18 mars 2019. 20h30.

J’ai reçu sur le répondeur un message de Manuel Carcassonne. Il veut me parler. Demain.

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