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mercredi 17 janvier 2018

Lundi 15 janvier 2018. 21h00.

Diem perdidi.

Dimanche 14 janvier 2018. 23h50.

C’est l’anniversaire de la disparition de Lewis Carroll. A soixante-cinq ans, d’une mauvaise grippe, aux « Chestnuts », sa maison de famille de Guildford dans le Surrey. Je suis allé là-bas, en reportage, il y a vingt ans, pour le centenaire. J’ai le souvenir d’une ville qui monte, et qui descend. Raccompagné Amélie à la gare. Je ne serai pas avec elle à l’enterrement de sa grand-mère mercredi à Antibes. J’ai écrit mon papier sur L’express de Bénarès de Frédéric Vitoux. Titre d’un roman évanoui, fantôme, du poète Henry J.-M. Levet, mort à trente-deux ans en 1906 et dont il n’est resté de l’œuvre qu’une trentaine de textes. Vitoux explore l’étrange sentiment de connivence qui nous agrippe si soudainement parfois à un auteur. De Levet, il dit aujourd’hui : Il ne m’a jamais quitté. Livre de gratitude. Davantage passage de flamme que souvenir pieux. Raphaëlle a repoussé d’une semaine le rendu de Clientèle de Cécile Reyboz. Ca m’arrange.

Samedi 13 janvier 2018. 18h30.

J’ai reçu un courrier d’Alain Galan qu’il m’avait postée au début du mois de décembre. En fait il avait mélangé l’adresse de Carolles et celle de Paris. Sa lettre avait fini par lui être réexpédiée et il me l’avait à nouveau envoyée. Il y joint un texte de lui, troublant, qui vient d’être publié dans les Cahiers Robert Margerit, à propos du musée de la Chasse où il avait été invité l’an dernier, au moment du salon Lire la nature, pour parler de son roman Peau-en-poil. Cet hôtel de Guénégaud où est rassemblée une incroyable collection d’animaux naturalisés, de massacres, de tableaux représentant battues et chasses à courre, m’a toujours fasciné. En traversant les salles, je retrouve, intacte, l’exaltation étrange, entre doux malaise et saisissement, qui, petit garçon, m’accompagnait à chaque visite au musée de la Vénerie à Senlis. Galan voit là-bas un endroit mortifère, une morgue des bêtes, secoué qu’il est de voir exposées, dans la posture que leur ont donné les taxidermistes, les dépouilles et les défroques de ses frères farouches. Mais il croit ressentir aussi que, rien que de se trouver simplement dans ces lieux, offre, mystérieusement, aux mânes fragiles de ces créatures disparues l’occasion de battre à nouveau la campagne. De filer. Il leur donne sa présence fugitive. Je n’ai pas cette proximité. J’ai bien rêvé une fois, qu’à Senlis, toute la faune figée du musée s’échappait dans la ville. C’était différent, je crois. Un peu grotesque, un peu tragique. Il reste cependant que Galan et moi partageons aujourd’hui une même enfance de la lisière franchie, du sentier qui s’enfonce. Une enfance moussue, feuillue, au couvert des arbres. Nous ne nous sommes vus que deux fois. En décembre 2015. En janvier l’an dernier. Nous nous écrivons un peu. Il me manque. Comme me manque parfois la forêt, les bois.

Vendredi 12 janvier 2018. 23h40.

La grand-mère d’Amélie est morte. Elle avait eu une forte fièvre il y a quelques jours. On l’avait mise sous sédatifs. Elle ne s’est pas réveillée la nuit dernière. Je crois Amélie triste bien qu’elle n’en laisse rien paraître. De cette tristesse raisonnable, discrète, qu’on éprouve quand quelqu’un d’âgé disparaît (la vieille dame avait quatre-vingt-treize ans). Mais ces deuils indolores nous font éprouver un peu plus notre âge, l’inexorable fuite en avant du temps et annonçent aussi des séparations autrement plus difficiles. Jean-Pascal est passé en fin d’après-midi. Il remontait de son jardin où il avait venir quelqu’un de la mairie pour des histoires d’élagage. Il repart à Caen pour rester avec Martine qui est, comme de plus en plus souvent, débordée de travail à son étude. Nous avions invité à dîner Brigitte et Yann. Poulet Vallée d’Auge, galette aux pommes. Un vrai menu normand. Yann se fait opérer la semaine prochaine de l’épaule. Le chirurgien va lui bidouiller muscles et tendons, couper, raccrocher, percer, visser. En gros, la même intervention qu’a subie Emmanuel en septembre dernier et dont il est loin encore d’être remis aujourd’hui. Les mois à venir vont être longs pour lui.

Jeudi 11 janvier 2018. 22h00.

Commande confirmée pour L’express de Bénarès de Vitoux. A rendre lundi. Raphaëlle me demande si je peux lui rédiger aussi un papier sur Clientèle, le dernier dernier livre de Cécile Reyboz. Bien sûr. Je vais juste devoir bien organiser ma fin de semaine. Organiser… C’est bien là (toujours) le problème. Amélie est arrivée fatiguée. Nuit noire, pas une étoile.

mercredi 10 janvier 2018

Mercredi 10 janvier 2018. 16h30.

J’avais promis. J’ai préparé trois petits paquets de livres pour les enfants d’Anne et Olivier que nous avions vus à Opio fin décembre. Etude en rouge, première aventure de Sherlock Holmes, pour Hector, 10 ans, grand adepte de Harry Potter. Le petit prince pour Alice, sa sœur de 7 ans, et Les malheurs de Sophie pour Clara, la dernière (il faudra lui lire, elle n’a que 5 ans). Tout cela partira au courrier de demain.

Mardi 9 janvier 2018. 19h00.

M. Mitaillé est venu remettre une couche de gravier dans la cour et les allées. Il a coupé l’herbe à ras. Nettoyé. J’ai garni les mangeoires des oiseaux dans ce jardin tout neuf.

Lundi 8 janvier 2018. 22h30.

Dix ans. Je me suis rendu compte aujourd’hui que j’avais commencé ce journal en janvier 2008. Sans trop bien savoir, au fond, ce qui m’attachait à cette narration du trois fois rien des jours. Si ce n’est, sans doute, ma crainte anxieuse de l’oubli. C’est que j’ai toujours eu un talent particulier pour transformer le passé en paysage flou. Je suis incapable de me souvenir de la moindre date, même des plus belles, même des plus tragiques. Impossible aussi de placer les événements dans leur chronologie. Ne restent que des images, des sensations, des noms, sans rien qui les accroche. Sans rien qui les retienne, si ce n’est de noter, sur des bouts de papier, des carnets, des agendas. Depuis toujours, j’ai gribouillé des pense-bêtes pour ne pas laisser le temps s’enchevêtrer, se fondre au point qu’on ne le reconnaisse plus. Qu’il devienne illisible. Mais les écrits volants eux aussi disparaissent. Je sais ce que je dois à cet exercice. Moi qui me décourage sans cesse, qui fais traîner mes livres. Je m’y tiens. Simplement.

lundi 8 janvier 2018

Dimanche 7 janvier 2018. 21h40.

J’ai appris au réveil la mort de France Gall. Les disparitions médiatiques me touchent bien peu d’habitude. Je ne suis pas sensible au chagrin collectif, les hommages avec leur bimbeloterie sentimentale et hypocrite m’agacent. Et puis il y a cette manière de boursoufler les cadavres célèbres de superlatifs. Lors de la dernière grande séance de larmes nationales, le président de la République n’a-t-il pas été jusqu’à dire que Johnny Hallyday faisait partie des héros français ? De mortuis nihil nisi bonum. Soit. J’ai été surpris cette fois-ci du petit voile de tristesse qui a brouillé ma matinée. Je connais plutôt mal les chansons de France Gall et j'ignore presque tout de sa vie. Mais comme je ne sais qui à la radio retraçait sa carrière, je me suis souvenu de 1965 et de l’année de mes dix ans. C’était un dimanche, après un déjeuner au réfectoire des sœurs, à Anne-Marie Javouhey, l’institution pour demoiselles où ma mère enseignait les mathématiques. Dans la salle de télévision, sur le poste noir et blanc, je l’avais vue chanter Poupée de cire, poupée de son dans une émisson de variétés. Et je m’en étais senti tout doucement remué. Je l’avais enfouie loin cette émotion. A l’époque, je regardais les jeunes filles avec fascination. Un drôle de trouble que je ne comprenais pas et qui se mêlait à un véritable élan d’amour de petit garçon. Il y avait mes cousines Agnès et Françoise, les élèves de ma mère (tiens, parmi elles, Laure Ulmer, dont le père Georges Ulmer était le chanteur à succès de Pigalle et de Un monsieur attendait). D’autres encore. Je contenais mon cœur. Dans la solitude de ces années-là, je cachais l’impossible désir d’avoir une grande sœur. Bien longtemps après, j’ai appris que j’en avais une. Pour de vrai. Mais qui était restée petite, toute petite. Ma demi-sœur Monique, morte à deux ans. En 1932. Amélie a pris son train plus tôt. Toujours de problèmes de travaux sur la ligne. Cette-fois-ci l’arrivée se faisait en gare d’Austerlitz.

Samedi 6 janvier 2018. 19h10.

Dieu qu’il fait froid. Un froid humide, pénétrant. Le poêle parvient tout juste à chauffer la maison. Pourtant, partout commence à s’éveiller un trop pressé printemps. Les mimosas, les camélias se mettent à fleurir. Le feuillage des ficaires envahit les plates-bandes. Et les narcisses sont déjà sortis de terre. Le jardin est en avance. Moi, je devais traiter les rosiers à la bouillie bordelaise. Guider les grimpants. Nettoyer les massifs. Je suis (là aussi) en retard.

Vendredi 5 janvier 2018. 21h00.

Le Monde des Livres a consacré dans le numéro d’hier soir une double page au débat sur le projet de réédition des écrits antisémites de Céline. Il y a eu, me dit Raphaëlle tant de réactions qu’ils ont décidé de réserver une autre page dans le numéro prochain. Celle justement où devait paraître mon papier sur le Vitoux. Je le rendrai donc pour la semaine suivante. Grande éclaircie d’hiver dans l’après-midi. Nous sommes descendus jusqu’à la plage. Presque personne tant le froid était coupant. Nous avons marché jusqu’aux pêcheries. J’ai au mur, à la maison, deux photos de mon grand-père (en 1921, l’année de sa mort à soixante-trois ans), à cet endroit. La première le montre aux prises avec un requin renard d’assez belle taille. Sur la seconde, il sort la bête de l’eau avec une gaffe, entouré d’admiratives estivantes en costume de bain et chapeau de paille.

Jeudi 4 janvier 2018. 22h40.

Je n’ai cette année qu’une seule (bonne) résolution à tenir coûte que coûte : ce fichu livre. Le reste, on verra. Ca se bouscule déjà pas mal. Je commence 2018 comme j’ai terminé 2017 : en retard. Et angoissé de tout. Je suis comme le Chapelier fou de Carroll dessiné par Tenniel qui s’enfuit en chaussettes du procès d’Alice en mordant à la fois sa tartine et la porcelaine de sa tasse. Pour aller où ? Finir ce thé qu’il ne se souvient même plus d’avoir commencé. J’ai répondu aux vœux. Envoyé un mot aussi à Antonie qui doit être désemparée après la mort de Paul Otchakovsky-Laurens. J’ai acheté des noix de saint-jacques pour le dîner. Comme Amélie avait apporté des rouleaux de printemps de son Vietnamien de la rue Monsieur-le-Prince, je les ai fait sauter avec de la citronnelle et du gingembre. Elle n’est partie que depuis deux jours, mais j’ai eu l’impression de l’attendre une éternité.

jeudi 4 janvier 2018

Mercredi 3 janvier 2018. 19h45.

Mal dormi, encore à cause du vent. Je l’entendais s’engouffrer dans les arbres, les faire grincer. Au loin, un volet claquait. J’ai fait du courrier. Repris des notes. Raphaëlle m’a commandé un premier papier dans mes propositions : le livre de Frédéric Vitoux, L’express de Bénarès. Belle et troublante évocation du poète Henry Jean-Marie Levet.

Mardi 2 janvier 2018. 22h30.

Le vent a soufflé toute la nuit. Une nouvelle tempête est prévue pour ce soir tard. M. Heslouis est venu livrer du bois. Il en restait à peine. Passé une bonne heure à le ranger. Terminé juste avant qu’il ne pleuve. Nous avons réussi quand même à nous échapper dans une éclaircie pour aller voir la mer au bout de la falaise. Toute crêtée de blanc. Mauvaise. Amélie est rentrée à Paris. Pour à peine deux jours. Elle revient jeudi. Dîné chez Brigitte et Yann, enthousiastes de leur séjour à la Réunion. Ils m’ont rapporté de là-bas un nid de tisserin gendarme (Ploceus cucullatus).

Lundi 1er janvier 2018. 16h20.

Je suis tombé sur cette phrase de Régnier qui ouvre son cahier de 1891 (il n’avait pas trente ans) : L’an commence pour moi par du soleil et de la tristesse, et un projet de livre qui se débrouille vaguement et pâlement.

Lundi 1er janvier 2018. 1h00.

Nous avons fêté le nouvel an à la maison avec Martine et Jean-Pascal, Agathe et Lucie, une de ses amies du lycée. Nous avions rapporté deux truffes d’Antibes, une choucroute alsacienne (très garnie) de chez Tempé, rue de Vaugirard. Munster fermier (avec pas mal de « personnalité »). Ils avaient amené le champagne et la bûche de la Marquise de Presles. Doux passage de 2017 à 2018. Nous nous sommes quittés peu après minuit. Je leur ai fait un bout de conduite en promenant la chienne. En rentrant dans la nuit noire, je me suis senti d’un coup très triste. Pressé le pas. Hâte de retrouver Amélie.

Samedi 30 décembre 2017. 20h50.

Nous aurons passé une semaine à Magagnosc dans ce curieux temps de la fin d’année. Tous les sentiments, les émotions, toutes les couleurs s’y agglomèrent, s’y mélangent, jusqu’à se fondre dans un gris un peu étouffant. Nous avons pourtant eu le ciel bleu que nous espérions tant, un bleu azur éclatant, ensoleillé, à peine froid de saison. Nous nous sommes promenés dans Grasse, dans Antibes. Avons fait des courses de rien. Des douceurs, de petits cadeaux. Le soir de notre arrivée, nous étions invités, avec Claire et Emanuel, à Opio chez Olivier et Anne. Grande maison sur les hauteurs. Lui est un ami de longue date d’Amélie que je n’avais rencontré que deux ou trois fois. C’est qu’ils s’étaient un peu perdus de vue. Ni Amélie, ni moi ne connaissions encore sa femme. Ils ont trois enfants. Un garçon, Hector et deux filles, Alice et Clara. Bientôt dix, sept et cinq ans. Nous avons passé une soirée très amicale. Chaleureuse. Paisible. J’ai bavardé un peu avec Hector. Grand lecteur, fan des aventures de Harry Potter. J’ai promis des livres pour les trois, à leur adresser en janvier, pour les étrennes. Et puis cela a été Noël, la messe du 24 dans la minuscule église du Rouret avec les petits du catéchisme qui faisaient la crèche vivante. Le dîner de réveillon. Foie gras et gravlax préparés par Emmanuel. Champagne et bonnes bouteilles. Gabrielle et Antoine découvrant leurs cadeaux le lendemain. Les feux de bois, les parties de jeu des sept familles, les histoires, les petits poèmes à inventer : Gabrielle range la vaisselle tout en mangeant du caramel. Fragile quiétude. Jérôme et Marion se sont à nouveau violemment disputés. Il y a chez Jérôme une colère et un chagrin qu’il tente de contenir et qui éclatent d’un coup. Que puis-je faire pour l’aider, pour les aider, à sortir de ces déchirements incessants ? Le silence qui suit, le retour au faisons semblant, sans explications, sans mots à mettre sur leur détresse, sont aussi effrayants que leurs querelles. Et les enfants… Cela remue en moi d’horribles souvenirs. Oui, comment les aider ? Ils ont repris le train le mercredi. Nous sommes allés déjeuner, en famille, à la maison de retraite. Autour de Jacqueline, ses enfants, Denis, Dominique, Yann, Caroline, François, Magali, frères et sœurs de Claire (n’en manquait qu’un qui vit aux Etats-Unis). Et Emmanuel, Amélie et moi. Pas très gai, malgré le champagne que François avait apporté. Au revoir Jacqueline. Bonne fin d’année. Tous se sont retrouvés après pour vider l’appartement où elle ne reviendra pas. Nous sommes allés faire un tour au bord de la mer. Un autre déjeuner, le lendemain, avant le train du retour, à la Ferme, en famille, chez François. Et pour le coup, assez joyeux. Le voyage m’a paru interminable. Amélie était épuisée. Une journée à Paris. Nous sommes rentrés à Carolles. Récupéré la chienne à Saint-Pierre-Langers. Tout s’est bien passé ?

(…)

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Mercredi 20 décembre 2017. 17h00.

Départ très tôt pour la gare de Lyon. Chauffeur Uber infect. Le bonhomme, garé à l’autre bout de la rue me regardait dans son rétroviseur tirer les deux lourdes valises. Il a juste commandé l’ouverture du coffre de l’intérieur et me les a laissé charger seul. Comme Amélie rassemblait encore les dernières affaires à l’étage, il a grommelé : On va encore attendre des heures ? Parce que je n’ai pas que ça à faire. Je travaille. Pour le reste, le voyage a été sans histoires. J’avais emporté du travail, je n’ai rien fait, même pas ouvert un livre. A partir d’Avignon, le soleil brillait haut. Je me suis laissé embarquer dans le paysage. Claire et Emmanuel nous attendaient à la gare d’Antibes. Nous sommes allés directement rendre visite à Jacqueline, la grand-mère maternelle d’Amélie qui vient d'être installée à quatre-vingt-douze ans dans une maison de retraite médicalisée. Impossible pour elle de rester dans son appartement. La présence de quelqu’un vingt-quatre heures sur vingt-quatre lui étant devenue nécessaire. Nous ne sommes restés qu’un court moment dans la chambre, car elle se fatigue vite. Mais je la sens acharnée à vivre, à durer. On l’a dite plusieurs fois perdue, elle a repris pied à chaque fois. Tenant la dragée haute à tout son entourage et à la mort. Chez moi, les vieillards ont toujours été résignés et doux. Je crois. Déjeuner tardif aux Margouillats. La crèche dans l’entrée, le sapin brillant de boules et de guirlandes dans le salon. Marion et Jérôme arrivent avec les enfants le 23.

Mardi 19 décembre 2017. 23h50.

J’ai déposé la chienne à sa pension de Saint-Pierre-Langers. Elle avait l’air contente de retrouver Eléonore. Viens, on va rejoindre les copains. J’apprehéndais un peu. Je suis reparti plus léger. Grand beau temps glacé. Jean-Pascal avait fait spécialement le trajet de Carolles pour m’apporter des biscuits au gingembre et à la cannelle et deux bocaux de tripes à la mode de Caen (il a dégotté la semaine dernière à deux pas de chez lui celles du champion du monde 2017) à emporter à Grasse. Je veux la photo de ton beau-père devant son caquelon de tripes championnes du monde ! – Promis. J’ignorais l’existence d’un tel concours international, mais j’ai réalisé que presque toutes nos charcuteries normandes affichent en devanture des premiers prix de saucisses (avec ou sans oignons), de boudin ou de pâté de tête. J’ai repensé à mon prix Paul Verlaine. Nous avons tant besoin, tous, d’être reconnus, d’être distingués. J’étais à Paris en milieu d’après-midi. Passage rapide à l’appartement. J’ai pris un verre à la Perle avec Pascale, histoire de fêter Noël et la nouvelle année. A la tienne, vieux pou ! Filé à mon rendez-vous chez le coiffeur d’où j’ai rejoint, en flânant, le restaurant où je devais retrouver Steven pour notre dîner d’adieu (il rentrait en Australie le lendemain). J’avais choisi, puisque le Bistrot de Paris battait maintenant un peu de l’aile, de l’emmener chez René, au bout du boulevard Saint-Germain. Je ne connais plus tellement de ces adresses que le temps n’a pas encore trop écorniflé. Rognon de veau à la crème pour moi, bourguignon pour lui. Nous avons vidé pas mal de bouteilles autour de la littérature, de nos projets et des années qui passent. Amélie est arrivée plus tard dans la soirée et a remis un peu d’ordre dans notre conversation babélienne. Somme toute, nous ne nous étions pas trop mal compris. Après ses entretiens (avec Angie David, Philippe Sollers, Florent Georgesco, Josyane Savigneau) et ses balades sur les traces de Dominique Aury, Steven repart avec pas mal de matériau pour son livre. Je suis content que nous ayons pu l’aider. Il m’a étouffé de grandes embrassades australiennes et nous nous sommes séparés. Il revient en France en septembre. Avec Fiona et Leo.

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