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lundi 29 janvier 2018

Lundi 29 janvier 2018. 11h50.

Deuxième petite lettre à Gabrielle. Dans l’enveloppe, je lui ai glissé un brin de mimosa.

Dimanche 28 janvier 2018. 23h40.

Je me suis réveillé un peu vaseux. Marc Villemain et Joëlle déjeunaient rapidement à la maison avant de prendre le train du début d’après-midi. Amélie rentrait à Paris avec eux. Joëlle est arrivée avec du champagne. Et bien, je ne l’ai pas bu avec autant de plaisir que j’aurais pu imaginer. J’ai chipoté les huîtres et les crevettes. De retour à la maison, après les avoir accompagnés tous à Granville, je me suis senti plutôt fatigué. Mais pas question de se plonger dans une longue sieste, j’avais à écrire mon papier sur Belletto. Je m’en suis pas sorti si mal, compte-tenu de ma torpeur migraineuse. J’avais été frappé, en le lisant la première fois, par le frontispice de la fausse page. Je m’étais demandé quel était ce tableau début XIXe représentant une femme en grande robe blanche, assise sous une tonnelle, de dos, regardant, distraite ou absorbée, un paysage de montagnes. En fait, il s’agit de la reine Hortense, la fille de Joséphine de Beauharnais, adoptée par Napoléon, et mariée sans amour aucun à un des frères de l’empereur, Louis, devenu roi de Hollande. Nous sommes en 1813. Elle est venue prendre les eaux à Aix-les–bains. Sa meilleure amie, Adèle de Broc, vient de mourir. Toutes deux étaient parties faire une excursion aux gorges du Sierroz. Le pied a manqué à Adèle, elle est tombée dans le gouffre. Elle a été emportée par les flots. Pour distraire la jeune souveraine de son chagrin, on a demandé à un peintre, Antoine Duclaux qui a d’ailleurs le même âge qu’elle, trente ans, de venir faire son portrait. Pas de lien semblait-il entre cette image d’une tristesse lasse, accaparante, et le roman où les destins des personnages s’enchevêtrent (Belleto parle d’enchevêtremental) dans une narration inquiétante de coïncidences, sans cesse bouleversée. Pourtant elle était bien là, placée par l’auteur, sans explication. A moi donc, sinon d’en trouver, du moins de me laisser guider à travers le texte dans le sentiment de cette représentation. Je suis parvenu à finir cette chronique à une heure raisonnable. Pas fâché d’aller me coucher.

Samedi 27 janvier 2018. Dans la nuit.

Le Paris-Granville ayant à nouveau des hoquets, il a fallu que j’aille récupérer « mes gens » à Rennes. Là-bas la gare est toujours en travaux. On s’y égare, personne ne sait vraiment où se trouvent les quais, les départs, les arrivées. Les agents de la SNCF ont les plus grandes difficultés à renseigner les voyageurs. Et comme on leur pose vingt fois les mêmes questions auxquelles ils ne savent pas répondre, ils sont à cran. La route ensuite (une très grosse heure) a paru longue à tout le monde, mais en arrivant, je suis passé par la côte et j’ai pu ainsi montrer la Baie, le Mont et Tombelaine, depuis les falaises de Champeaux. Un genre de récompense. La vue était encore dégagée. Le ciel se couvrait juste. Après déjeuner, il n’était pas question d’aller se promener tant la pluie menaçait. Je les ai donc déposés tous les deux à l’auberge. Il y avait du monde à la Rencontre. Et tout s’est bien passé, comme je l’espérais. Depuis Etretat où je l’avais vu, chez lui, pour le portrait dans Le Monde à la fin de l’automne, je savais bien que Marc Villemain ne serait pas dans la réticence, qu’il ne m’abandonnerait pas dans les silences ou les réponses détournées. Il a été réellement généreux. Beaucoup de ceux qui étaient venus l’écouter et qui avaient lu son recueil de nouvelles sur les émois amoureux de l’enfance et de l’adolescence étaient visiblement touchés. Comme moi. Je ne sais pas où il a enfoui ces sentiments, ces battements d’autrefois pour les ressortir aujourd’hui à ce point intacts. Ses textes restituent, dans une exactitude troublante, les petits bonheurs, les grandes hontes, la timidité, la maladresse, les chagrins. Les cœurs battants. Belle et longue soirée à la maison. A parler de livres, encore, d’écrivains (de Lionel-Edouard Martin à qui je devrais d’ailleurs écrire), du monde comme il va aussi. Après, je ne sais plus bien. C’est que nous avons vidé, je crois, pas mal de bouteilles.

Vendredi 26 janvier 2018. 20h20.

Marché à Jullouville. Promenade sur la digue. Il faisait soleil. Amélie est repartie faire des courses après le déjeuner. C’est que demain nous recevons Marc Villemain pour les Rencontres. Il viendra accompagné de Joëlle qui ne perd jamais l’occasion d’accompagner ses auteurs à Carolles. Nous avons écrit à Gabrielle qui part lundi en classe de neige en Savoie. Il faut qu’elle reçoive le courrier à son arrivée ! J’ai gribouillé quelques notes au sujet du Belletto et j’ai préparé mes fiches pour le débat de demain. Retrouvé le passage sur la mort de son père dans Monsieur Levy : Et puis Papa est mort. Alors je n’ai pas pu devenir grand. Ou je suis devenu grand trop vite.

Jeudi 25 janvier 2018. 22h40.

J’ai lu le Belletto. Une drôle d’histoire pleine de hasards, de chausse-trapes, d’incongrus rebondissements. Je l’avais juste fini pour aller chercher Amélie à la gare.

Mercredi 24 janvier 2018. 21h30.

J’ai acheté un globe de mariée, fin XIXe, début XXe. Franck, l’électricien, m’avait téléphoné. Il faisait des travaux dans une maison à Carolles. Le propriétaire cherche à s’en défaire. J’ai tout de suite pensé à toi. Je l’ai nettoyé, installé sur le marbre de la commode de la « chambre verte ». Je suis tout ému par ce petit reliquaire sentimental. Sur la calotte de velours est posée la couronne de fleurs d’orangers en cire que portait la jeune épousée. Le treillage de cuivre doré est orné de feuilles de vigne, de marguerites. Sur le haut, une colombe. Et partout des miroirs censés symboliser la fidélité, l’honnêteté, car, dit-on, les miroirs ne trompent jamais…

Mardi 23 janvier 2018. 18h50.

J’ai reçu une invitation de Jeanne Pham Tran pour la soirée Xavier Grall le 9 février à la maison de la Poésie. Pierre Adrian m’en avait déjà parlé. C’est lui qui signe la préface de L’inconnu me dévore, cette « lettre » à ses cinq filles que rééditent les éditions des Equateurs. Le recueil a été publié la première fois en 1984 chez Calligrammes, trois ans après sa mort. Je ne serai pas là. Je viens déjà à Paris deux fois le mois prochain. J’aurais bien aimé pourtant y assister. La poésie de Xavier Grall m’accompagne depuis longtemps. J’ouvre au hasard. Tout fait écho. La foi est porte ouverte, seuil franchi, affranchissement, bruit des pas sur la route, bonne brise, voilier filant aux îles. Mes Divines, la foi est aventure, vent claquant, souffle, envolée de colombes, voile gonflée. Partez, partez, au nom de Dieu. Je me souviens d’avoir rencontré son aînée, Catherine, il y a longtemps à Nantes, où j’étais venu pour je ne sais plus quelle occasion littéraire. Raphaëlle m’a commandé un papier sur Être, le dernier livre de René Belletto. Ce sera le numéro des cinquante ans du Monde des Livres (je croyais que Jacqueline Piatier l’avait créé en 1967, mais bon..). Je suis, en tout cas très touché qu’elle ait eu envie de m’y faire signer. Jacques s’efforce d’organiser le déjeuner du jury du Prix printemps du roman en mars. Tu es libre le 16 ? Le 17 ? Le 19 ? Je suis certain de lui faire faux-bond. Cette année, je vais à Chassignolles, ce petit village du Berry où ma grand-mère s’était réfugiée avec ses enfants pendant la Grande Guerre. C’est là-bas que ma mère est née. Le 19 mars. Il y a cent ans.

mardi 23 janvier 2018

Lundi 22 janvier 2018. 15h20.

Fatigué. J’ai peu dormi. J’ai fini très tard dans le soir mon papier sur le Cécile Reyboz et mon sommeil a été encore haché de rêves bizarres. Je dors mal. Je passe mes nuits à rater des trains, à me perdre dans des couloirs de correspondance, à oublier des documents importants sans espoir de les retrouver. Je suis désemparé.

Dimanche 21 janvier 2018. 20h00.

J’ai arraché tout un fouillis de mauvaises herbes de la plate-bande à l’avant du jardin. Je sèmerai de l’alysse odorant en avril pour faire couvre-sol. Petite pluie fine à la gare. Le train d’Amélie est parti avec dix minutes de retard.

Samedi 20 janvier 2018. 21h10.

Marché rapide à Granville. Déjeuner rapide aussi. Juste quelques noix de saint-jacques poêlées avec des lardons. Nous avons chaussé les bottes pour une promenade au port du Lude. Le ruisseau est très haut. Ses abords sont à ce point boueux qu’on enfonce jusqu’à la cheville à de très nombreux endroits. Le grand avantage de cette gadoue, c’est qu’on ne croise personne. J’ai relu Clientèle de Cécile Reyboz. Toujours cette manière qu’elle a de raconter les histoires avec cette distance un peu frondeuse, un peu acide, faite d’autodérision et d’humaine compassion.

lundi 22 janvier 2018

Vendredi 19 janvier 2018. 19h10.

Journée froide, pluvieuse, ventée. Nous avons tenté une balade humide. Même la chienne renâcle. On rentre ?

Jeudi 18 janvier 2018. 22h00.

J’ai appellé le chenil. Je dois être à Paris début février pour un portrait de Jerôme Garcin, et pour un entretien avec Michel Bernard. J’y retourne aux alentours du 20 enchaîner ma ribambelle annuelle de rendez-vous médicaux. Mais je n’avais pas réalisé que mes dates tombaient en pleine période de vacances. L’Arche de Léo affiche complet jusqu’à la dernière semaine de mars. J'ai arraché de justesse son hébergement pour la première semaine, mais rien à faire pour l’autre. Il va falloir l'emmener. Nous verrons bien. J’ai été chercher Amélie à la gare. Elle avait fait le voyage avec David Fauquemberg que nous recevons aux Rencontres. En février, justement.

Mercredi 17 janvier 2018. 22h50.

Amélie a fait l’aller-retour en avion, avec Jérôme et Marion, pour assister aux obsèques de sa grand-mère. Partie très tôt, rentrée passé 22h00 avec un mal de tête épouvantable. Je vais me coucher. Je te raconterai demain.

Mardi 16 janvier 2018. 17h40.

J’ai cueilli un bouquet de mimosa. Derrière la maison les perce-neige ont sorti leur corolle. J’ai l’impression que cela n’est pas vrai. Je n’arrive pas du tout à croire à ce curieux printemps.

mercredi 17 janvier 2018

Lundi 15 janvier 2018. 21h00.

Diem perdidi.

Dimanche 14 janvier 2018. 23h50.

C’est l’anniversaire de la disparition de Lewis Carroll. Mort à soixante-cinq ans, d’une mauvaise grippe, aux « Chestnuts », sa maison de famille de Guildford dans le Surrey. Je suis allé là-bas, en reportage, il y a vingt ans, pour le centenaire. J’ai le souvenir d’une ville qui monte, et qui descend. Raccompagné Amélie à la gare. Je ne serai pas avec elle à l’enterrement de sa grand-mère mercredi à Antibes. J’ai écrit mon papier sur L’express de Bénarès de Frédéric Vitoux. Titre d’un roman évanoui, fantôme, du poète Henry J.-M. Levet, mort à trente-deux ans en 1906 et dont il n’est resté de l’œuvre qu’une trentaine de textes. Vitoux explore l’étrange sentiment de connivence qui nous agrippe si soudainement parfois à un auteur. De Levet, il dit aujourd’hui : Il ne m’a jamais quitté. Livre de gratitude. Davantage passage de flamme que souvenir pieux. Raphaëlle a repoussé d’une semaine le rendu de Clientèle de Cécile Reyboz. Ca m’arrange.

Samedi 13 janvier 2018. 18h30.

J’ai reçu un courrier d’Alain Galan qu’il m’avait posté au début du mois de décembre. En fait il avait mélangé l’adresse de Carolles et celle de Paris. Sa lettre avait fini par lui être réexpédiée et il me l’avait à nouveau envoyée. Il y joint un texte de lui, troublant, qui vient d’être publié dans les Cahiers Robert Margerit, à propos du musée de la Chasse où il avait été invité l’an dernier, au moment du salon Lire la nature, pour parler de son roman Peau-en-poil. Cet hôtel de Guénégaud où est rassemblée une incroyable collection d’animaux naturalisés, de massacres, de tableaux représentant battues et chasses à courre, m’a toujours fasciné. En traversant les salles, je retrouve, intacte, l’exaltation étrange, entre doux malaise et saisissement, qui, petit garçon, m’accompagnait à chaque visite au musée de la Vénerie à Senlis. Galan voit là-bas un endroit mortifère, une morgue des bêtes, secoué qu’il est de voir exposées, dans la posture que leur ont donnée les taxidermistes, les dépouilles et les défroques de ses frères farouches. Mais il croit ressentir aussi que, rien que de se trouver simplement dans ces lieux, offre, mystérieusement, aux mânes fragiles de ces créatures disparues l’occasion de battre à nouveau la campagne. De filer. Il leur donne sa présence fugitive. Je n’ai pas cette proximité. J’ai bien rêvé une fois, qu’à Senlis, toute la faune figée du musée s’échappait dans la ville. C’était différent, je crois. Un peu grotesque, un peu tragique. Il reste cependant que Galan et moi partageons aujourd’hui une même enfance de la lisière franchie, du sentier qui s’enfonce. Une enfance moussue, feuillue, au couvert des arbres. Nous ne nous sommes vus que deux fois. En décembre 2015. En janvier l’an dernier. Nous nous écrivons un peu. Il me manque. Comme me manquent parfois la forêt, les bois.

Vendredi 12 janvier 2018. 23h40.

La grand-mère d’Amélie est morte. Elle avait eu une forte fièvre il y a quelques jours. On l’avait mise sous sédatifs. Elle ne s’est pas réveillée la nuit dernière. Je crois Amélie triste bien qu’elle n’en laisse rien paraître. De cette tristesse raisonnable, discrète, qu’on éprouve quand quelqu’un d’âgé disparaît (la vieille dame avait quatre-vingt-treize ans). Mais ces deuils indolores nous font éprouver un peu plus notre âge, l’inexorable fuite en avant du temps et annonçent aussi des séparations autrement plus difficiles. Jean-Pascal est passé en fin d’après-midi. Il remontait de son jardin où il fait avait venir quelqu’un de la mairie pour des histoires d’élagage. Il repart à Caen pour rester avec Martine qui est, comme de plus en plus souvent, débordée de travail à son étude. Nous avions invité à dîner Brigitte et Yann. Poulet Vallée d’Auge, galette aux pommes. Un vrai menu normand. Yann se fait opérer la semaine prochaine de l’épaule. Le chirurgien va lui bidouiller muscles et tendons, couper, raccrocher, percer, visser. En gros, la même intervention qu’a subie Emmanuel en septembre dernier et dont il est loin encore d’être remis aujourd’hui. Les mois à venir vont être longs pour lui.

Jeudi 11 janvier 2018. 22h00.

Commande confirmée pour L’express de Bénarès de Vitoux. A rendre lundi. Raphaëlle me demande si je peux lui rédiger aussi un papier sur Clientèle, le dernier dernier livre de Cécile Reyboz. Bien sûr. Je vais juste devoir bien organiser ma fin de semaine. Organiser… C’est bien là (toujours) le problème. Amélie est arrivée fatiguée. Nuit noire, pas une étoile.

mercredi 10 janvier 2018

Mercredi 10 janvier 2018. 16h30.

J’avais promis. J’ai préparé trois petits paquets de livres pour les enfants d’Anne et Olivier que nous avions vus à Opio fin décembre. Etude en rouge, première aventure de Sherlock Holmes, pour Hector, 10 ans, grand adepte de Harry Potter. Le petit prince pour Alice, sa sœur de 7 ans, et Les malheurs de Sophie pour Clara, la dernière (il faudra lui lire, elle n’a que 5 ans). Tout cela partira au courrier de demain.

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