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lundi 3 septembre 2018

Lundi 3 septembre 2018. 20h40.

L’été est passé. Il a passé. Hier soir, le train d’Amélie était bondé de vacanciers sur le retour. La plage au matin est à nouveau déserte et je peux y faire courir la chienne. Dans un peu plus de quinze jours, j’aurai soixante-trois ans et pour le coup, ce sera vraiment l’automne. Fin juillet, nous étions à Veyrier pour les vingt ans de mariage de Virginie et Marcus. Belle fête sur les terrasses du château de Menthon. J’étais, comme toujours, un peu effrayé par le monde (et Dieu que nous étions nombreux). Mais ces deux-là parviennent à créer une si affectueuse et enveloppante alchimie que tous ceux que l’on rencontre chez eux, qu’on les connaisse bien, ou moins, ou pas du tout, deviennent très vite familiers. Ils font, imperceptiblement, le lien. Et l’on se retrouve ainsi embarqués dans des conversations qu’on n’aurait jamais imaginées, à écouter des confidences, à se raconter. Toute la soirée, le misanthrope que j’ai toujours été, le vieil ours mal léché que je suis devenu, n’ont pas cessé de s’en étonner. Nous sommes repartis en voiture jusqu’à Grasse avec Claire et Emmanuel, embarquant au passage l’oncle Patou. Une petite semaine dans le Sud. Ca aura été nos vacances. Douces. Entre parenthèses. Tout cela s’est déjà étrangement éloigné. Je garde du séjour le souvenir du musée Fragonard et de son exposition au titre un peu racoleur « Parfums d’interdit ». Autour de Jean-Honoré Fragonard, étaient rassemblées des peintures de Marguerite Gérard, de Louis Léopold Boilly et d’autres contemporains. C’est le plein XVIIIe siècle de La Harpe et j’ai eu le sentiment d’ouvrir les yeux sur des images intimes qu’il aurait croisées. Nous avons repris le train à la gare d’Antibes, chargés, comme à chaque fois de pots de confiture d’orange amère et de savons de Marseille, d’ail au vinaigre et de bouteilles de vin. L’arrivée à Granville, le lendemain, a été un peu mouvementée. Sur le parking de la gare, un voyou abruti (pour remplir son réservoir de scooter ?) avait sectionné la durite d’alimentation d’essence de notre vieille Twingo. Le méfait devait dater de la nuit précédente. Pas de chance. Une mare de carburant entourait la voiture. Et cela continuait de couler. Pompiers, police, dépanneuse. Ça énerve. J’ai lu la rentrée aussi cet été. La blessure de Jean-Baptiste Naudet, Elsa mon amour de Simonetta Greggio, Un homme aborde une femme de Fabienne Jacob. Deux premiers romans : Ma vie de saint de François-Xavier Delmas et La vraie vie d’Adélie Dieudonné (ne pas s’arrêter à son titre à la Claire Etcherelli). Aussi le bel essai de Laurent Nunez, Il nous faudrait des mots nouveaux. Parcouru une foule d’autres textes en me disant que j’allais y revenir. Mais ma préférence absolue va au livre d’Emmanuelle Pagano, Serez-vous des nôtres ?, dernier volume de sa « Trilogie des rives », une suite d’histoires d’eaux, de clapots, de murmures, de bruissements. De profondeur. Ici elle relie les étangs de la Brenne au grand océan Atlantique. Envoûtant. Marie est venue passer une petite semaine à Carolles avec son vieux chat Beuys (gardé prudemment hors de la vue de la chienne). Le malheureux est mort le dernier jour, comme je la raccompagnais à Rennes pour la suite de ses vacances. Juste à la fin du trajet. J’ai laissé Marie toute bouillie de chagrin à sa mère avec qui elle avait rendez-vous (je ne l’avais pas revue depuis plus de dix ans) et je suis reparti avec le petit cadavre. Je l’ai enterré dans le jardin, au pied du rhododendron. L’événement a réveillé mes chagrins. J’ai traîné jusqu’au soir une envahissante tristesse. Nous sommes partis quelques jours encore dans le Gers où nous étions invités, près de Auch, pour l’anniversaire des cinquante ans de Gérald. L’occasion de retrouver Virginie, Marcus et les filles. Surtout de dire au revoir à Camille qui part à Montréal pour ses études. Là-bas, j’ai réalisé que nous n’étions qu’à quelques kilomètres de L’Isle-de-Noé, là où vit ma belle-sœur Noëlle, la veuve de mon demi-frère Jean. En 2012, nous étions passé la voir pour tenter de récupérer les journaux de campagne de mon père et quelques souvenirs. Elle n’avait, paraît-il, rien retrouvé. Je lui ai écrit plusieurs fois après. Jamais je n’ai reçu de réponse. L’occasion était trop belle. Hélas, elle était absente. Partie à Toulon dans sa famille, m’a dit sa voisine. Au moins, je sais qu’elle est en bonne santé. Oui, l’été a passé. A Paris, nous avons revu Marcus et Victoria, Valentine et Apolline avant qu’ils ne repartent pour Mexico. A bientôt ! Enfin pas tout de suite… Dans un an au mieux. Je n’ai repris mon train que le surlendemain. Christophe m’avait demandé de participer à sa nouvelle émission littéraire Au pied de la lettre sur RCF. Gratis pro Deo, mais j’aime bien Christophe et, depuis Jeux d’épreuves, la radio me manque. Aussi je reviendrai s’il veut bien. Cela m’a permis de défendre le livre d’Emmanuelle Pagano. Mais maintenant, il faut que je me remette au travail. Mon manuscrit doit être fini en décembre.

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lundi 23 juillet 2018

Lundi 23 juillet 2018. 21h00.

Amélie tout à l'heure, regardait le ciel tout bleu, sans un nuage, à travers les feuilles du figuier. On se croirait en Grèce… Je n’y suis jamais allé.

Dimanche 22 juillet 2018. 23h20.

Il faut que je me décide à adresser un courrier de recours à la Commission de la carte de presse. La carte m’a été refusée cette année au motif que les revenus de mes activités « d’animation » dépassaient ceux de mes piges. La faute à la cessation brutale (sans explication…) des commandes d’Olivia pour Elle. Mon dernier papier est sorti en juin 2017 et depuis toutes mes propositions sont restées lettre morte. Ca n’a pourtant pas été faute d’insister. Je dois vraiment faire ce recours même si je ne suis pas très confiant quant à l’issue. L’écart entre mes deux types de revenus est vraiment minime et mes « animations » sont le prolongement de mon travail de journaliste. Cela fait bien longtemps maintenant que je n’ai plus un salaire fixe dans une rédaction, mais garder ma carte de presse est une manière de conserver mon statut. De revendiquer mon métier. Si on me l’enlève, pour le coup, il ne me reste plus rien.

Dimanche 22 juillet 2018. 19h20.

Nous avons fait une grande balade en Baie. A Saint-Léonard où Amélie a ramassé des salicornes et moi (c’est moins ragoûtant), des crottes de mouton (sèches) pour faire de l’engrais à rosiers. Des moutons, il y en avait une quarantaine sur l’herbu. Pas vraiment dérangés par notre présence. Mais je tenais ferme la chienne en laisse qui, elle, c’était clair, rêvait de mettre la pagaille dans le troupeau. Nous avons marché vers le Grouin du Sud. Déjeuné, au retour, à Saint-Jean sur la plage. Vue sur le Mont et Tombelaine. Albo lapillo diem notare.

Samedi 21 juillet 2018. 22h00.

J’ai bouclé un nouveau chapitre. Non sans mal. J’ai l’impression d’être encore, toujours, au début du livre. C’est un peu vrai d’ailleurs. Je suis dans la pente. Sans doute me faut-il juste prendre un peu d’altitude. J’ai reçu un message plein d’encouragement et d’attente d’Isabelle. Elle attend la suite. J’ai hélas encore trop peu de pages à lui envoyer. J’ai travaillé pour Le Monde. Un papier sur Le tour de France de deux enfants d’aujourd’hui de Pierre Adrian et Philibert Humm. Ensemble, ils ont refait pas à pas, ou presque, le chemin qu’avaient emprunté André et Julien Volden, les petits protagonistes du Tour de France par deux enfants, ce best–seller scolaire publié en 1877 qui tient du livre de lecture, du manuel de géographie, d’histoire, de la leçon de choses et de celle de morale. Après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, André et Julien, 14 et 7 ans, tout juste orphelins, fuient Phalsbourg sous domination prussienne pour rejoindre leur oncle à Marseille. Ils s’embarquent dans une odyssée qui va les entraîner bien plus loin qu’ils n’imaginaient. Ce texte d’il y a cent-cinquante ans exalte le devoir et l’amour de la patrie, ce qui l’a fait jeter aux oubliettes, on s’en doute, par les beaux esprits contemporains. Pierre Adrian m’avait parlé de ce projet lors de sa dernière venue à Carolles. J’avais été très enthousiaste. Le résultat est un peu différent de ce que j’imaginais. La faute sans doute à l’écriture à quatre mains. Au-delà, il ressort des pérégrinations de nos deux auteurs que la France a bien changé et pas seulement en comparaison de celle de la fin du XIXe siècle d’André et Julien Volden, mais dans un mouvement qui ne fait que s’accélérer depuis les vingt ou trente dernières années. Tissu industriel défait, campagnes abandonnées, urbanisation hideuse, zones commerciales tentaculaires, centres-villes désertés, pollution. Et comme en écho à ce désastre, des marginaux, des désabusés, toute une foule d’aquabonistes, de résignés. D’absurdes fêtards et d’impuissants enragés. Bon, Pierre Adrian et Philibert Humm, parviennent, à force de détachement, d’ironie, de souvenirs touchants, de connivences littéraires, à rendre leur récit attachant. A en faire une sorte d’épopée fraternelle à la Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome. Autrement, cela aurait été une terrible charge. Peut-être eût-il mieux valu… Rendu aussi deux petites chroniques. La première sur Quand vos nuits se morcellent, la très belle lettre de Daniel de Roulet au peintre Ferdinand Hodler sur la mort de Valentine, son modèle, son amante, l’essentielle femme de sa vie, à laquelle il ne survivra que trois ans. L’autre sur Le vestiaire de Chateaubriand, l’essai tonique de Franc Schuerewegen. Jeanne est venue passer quelques jours avec trois de ses quatre enfants (l’aînée, Elise, était, je crois, en camp scout) : la cadette Eugénie et les deux jumeaux Virgile et Tristan. Ils ont bouclé l’été des « petits ». Après eux, nous n’en attendons plus aucun. Nous en retrouverons encore une jolie troupe en Savoie à la fête des vingt ans de mariage de Virginie et Marcus. Nous partons mercredi et ferons ensuite un court séjour à Magagnosc chez les parents d’Amélie. La Harpe sera à Saint-Pierre-Langers à l’Arche de Léo. J’ai senti Yann un peu déçu de ne pas la garder. Il m’a promis de venir arroser le jardin pendant notre absence. Grâces lui soient rendues. Il fait si sec que mes pauvres plantations ne résisteraient pas.

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mercredi 11 juillet 2018

Mardi 10 juillet 2018. 22h00.

La chienne tourne en rond. Elle part dans le jardin. Revient. Traverse toutes les pièces le museau au sol. Lève le nez à la fenêtre. Enfin, elle se plante devant la porte du couloir et elle attend. Mais il n’y a plus personne. Que moi. Thomas a pris le train pour Paris dimanche soir. Victoria, Valentine et Apolline se sont envolées pour Nice, lundi matin, de l’aéroport de Rennes. Et j’ai accompagné Amélie à la gare le soir. Je suis comme un brouillon chiffonné dans une corbeille à papiers. Nous avons passé de magnifiques journées. J’étais déjà très content que Thomas vienne à la maison. Depuis des années, nous avions demandé en effet, sans succès, à Séverine, qu’elle veuille bien nous le laisser de temps en temps. Je m’entends bien avec ce bonhomme. Je crois qu’il ressemble un peu au petit garçon que j’étais. Nous sommes allés nous balader une matinée tous les deux (avec Apolline aussi) armés d’un grand filet faucheur pour ramasser des insectes dans les hautes herbes. Nos captures : quelques sauterelles des chênes, une argiope fasciée, des téléphores roux, des punaises des bois, des criquets. Il a patiemment tout identifié au retour. Noms vernaculaires et noms latins. Durant le séjour, il a été plein d’entrain et d’intelligence vive. Riant, dévorant comme quatre, jouant avec la chienne. Séverine l’avait décrit à Amélie comme le Patraque de la chanson d’Ouvrard (J’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, le colon tout en long, et l’coccyx qui s’dévisse). La veille de son arrivée elle lui avait fait même passer une fibroscopie sur les conseils d’un médecin du genre âpre à l’acte. Il a des problèmes de clapet, aurait diagnostiqué ce sombre Diafoirus. Tu parles. Il faut croire qu’il existe deux Thomas. Celui qui vit à Saint-Cloud chez ses parents, et… l’autre. Que sa petite sœur Agathe ait été, depuis qu’elle est bébé, opérée, re-opérée, et encore opérée (il est d’ailleurs question encore de recommencer) pour des problèmes digestifs, n’est bien sûr pas étranger à l’affaire. Fichue angoisse. Je crois qu’il a surtout envie qu’on lui lâche la bride. Qu’on lui fiche la paix. Les filles ont été, je dirais volontiers « comme d’habitude », merveilleuses. Sauf qu’en ce qui les concerne, il n’y a vraiment pas d’habitude. Avec la distance, nous les voyons bien peu. Quelques jours par an, à Mexico ou pendant leurs vacances en France. A chaque fois, je les trouve changées, profondément. Toujours en bien. On peut dire, comme dans l’Evangile de Luc, qu’elles grandissent en grâce (en stature) et en sagesse. Ce qui ne les a pas empêchées ici de s’amuser comme des folles. La chienne a été à la fête comme cela lui est rarement arrivé. D’où son effarement triste d’aujourd’hui. Moi, depuis que cette petite troupe est partie, je trouve la maison, d’un coup, toute désenchantée.

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mardi 10 juillet 2018

Mardi 3 juillet 2018. 23h15.

C’est le temps des enfants. Gabrielle et Antoine sont restés à la maison de jeudi dernier à dimanche. Ils poussent vite et un peu dans tous les sens ces deux-là. Sept ans, quatre ans. La différence d’âge s’est vraiment creusée au moment où Gabrielle a appris à lire et à écrire. Mais alors qu’elle cavalait loin devant, dans une frénésie de savoir et de connaissances, enthousiasmée d’indépendance, voilà qu’elle semble maintenant l’attendre. Comme si elle craignait de l’abandonner. Du coup, ils se retrouvent toujours dans le « en même temps et ensemble ». Loin d’être désagréable pour nous. Au contraire. Mais j’ai l’impression qu’on leur rendrait service en les prenant, de temps en temps, séparément. Je crois que je pourrais être davantage attentif à ce qu’ils sont l’un et l’autre. Amélie n’est pas de mon avis. Elle pense, au contraire, qu’il faut laisser se développer cette espèce de lien fusionnel qui leur permet de faire face (de résister ?) à un environnement familial pour le moins compliqué. Marion et Jérôme sont au bord de la rupture, puis plus du tout, et au contraire. Ca souffle le froid, le chaud. Comment ne pas imaginer combien ce doit être déroutant pour les deux petits. Amélie a sans doute raison. J’ai grandi seul et je ne mesure pas bien l’importance de la relation fraternelle. N’empêche, à la rentrée, je vais m’arranger pour passer avec Gabrielle quelques mercredis après-midis, comme je l’avais fait il y a trois ans. Musées, expositions, théâtre, restaurants en tête à tête, grandes discussions. C’était un peu, à ce moment-là, entrebailler la petite porte d’Alice. Elle a gardé une nostalgie, un peu floue, de ces jours. Ils sont pour elle déjà bien lointains. Demain, ce sont Victoria, Valentine et Apolline qui arrivent avec Amélie au train du soir. Thomas, le fils de Séverine, les accompagne. Je suis impatient et heureux.

mardi 3 juillet 2018

Lundi 2 juillet 2018. 20h10.

Le Sanders’ White du portique est à présent complètement défleuri. Les roses se font rares ailleurs. Quelques unes s’accrochent encore sur Munstead wood, Royal jubilee, The Alnwick rose. Reste le massif d’hortensias. Celui des Générale vicomtesse de Vibraye. Il forme de gros bouquets tombants, lourds, roses et mauves. Qui donc était cette dame ? Je sais juste que la variété a été nommée ainsi vers 1900 par Emile Mouillière, son obtenteur, horticulteur à Vendôme. Ce ne doit pas être trop difficile à trouver. Il y a longtemps que j’ai le projet d’aller réveiller les noms des plantes de mon jardin. Ainsi de Cécile Brunner ou d’Albéric Barbier. Cela ferait un joli recueil. Mais j’ai avant autre chose, sinon à finir, du moins à continuer. Marie m’a donné des nouvelles de son chat. Elle l’a récupéré de chez le vétérinaire. Vieux chat, m’écrit-elle, il a des médicaments pour le cœur à vie. Comme moi... Mon portrait de Paule du Bouchet est paru jeudi dernier dans Le Monde. Lors de notre entretien, fin mai, elle m’avait parlé du Livre noir sur l’extermination de juifs en URSS et en Pologne de Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg. En le lisant de manière documentaire pour un de ses romans jeunesse qui se passait dans le ghetto de Varsovie, elle m’avait dit y avoir découvert, précisement, ce qu’il était advenu à sa famille. Grand-tantes et cousines. J’avais ce texte, ces deux volumes, à la maison. Je crois que je ne les avais jamais ouverts. C’est une succession de récits effroyables. Humiliations, massacres, tortures. Des gens énucléés, des femmes, des jeunes filles, aux seins tranchés, des nourrissons massacrés. Atroce. Je me suis surpris à tourner les pages, de plus en plus vite, dans une espèce de frénésie étrange, déplacée. Je me suis souvenu de ma lecture, trop jeune homme, des Cent vingt journées de Sodome et de cette addiction nauséeuse qui me faisait avancer, défendant, malgré, dans le récit de Sade. Retrouvé cette inquiétante fascination de l’épouvante. J’ai replacé le livre dans les rayonnages. Où est ma peur, mon angoisse, mon Dieu ?

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Mardi 26 juin 2018. 21h00.

J’ai jeté mon travail de deux semaines. Ce n’était que quelques pages que j’aurais mieux fait de ne pas écrire. Je suis découragé. Atteint à nouveau par la torpeur et le dégoût. Le démon de l’acédie a repris mon âme. Mes nuits s’épuisent en mauvais rêves. Je me réveille. Je peine à me rendormir, tenu par la crainte de glisser dans un nouveau cauchemar. Et les journées traînent.

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mardi 19 juin 2018

Mardi 19 juin 2018. 17h20.

Beuys, le chat de Marie, ne va pas très fort. Hier, elle a dû l’emmener chez le vétérinaire qui l’a gardé en observation. Il serait insuffisant cardiaque. C’est un vieux chat que je n’ai pas vu vieillir. Marie est bouleversée. J'ai beau toujours avoir été allergique à cette grosse boule de poils (j’éternue…), je suis bouleversé aussi.

Lundi 18 juin 2018. 22h15.

J’ai envoyé le papier à Raphaëlle. Passé une journée molle (Peu dormi. J’avais fini de rédiger très tard). Ecrit un long courriel aux membres du jury du prix Pagnol. Je démissionne. Je ne comprends vraiment pas, et ce n’est pas faute d’y avoir réfléchi, pourquoi a été désigné dès le premier tour de vote un livre qui, quelles que soient ses qualités propres, ne parle pas d’enfance. Pas envie d’ergoter. Il m’est paru plus sage de m’en aller. A la fin de mon message, j’ai placé cette réplique de Fanny : - Va, Marius, tout ce que nous pourrions dire maintenant, ça ne peut plus servir à rien. Va t'en, va. Ne remuons pas le passé./ - Il n'y a pas besoin de le remuer. Il bouge bien assez tout seul. N’empêche, il y a des gens que j’aime bien là-bas.

Dimanche 17 juin 2018. 22h30.

A cause de la grève qui dure toujours à la SNCF, j’ai accompagné tôt Amélie à la gare. Me suis plongé dans Cliff. Pied à pied nous marchons dans le vers du poème,/ et c’est à chaque fois comme s’il nous aidait/ à graver la vérité de la vie quand même/ elle nous fait trembler dans ce que l’on était/ et qui s’effrite peu à peu à chaque pas./ Mais nous continuons à marcher n’est-ce pas ?/ et bêcher le jardin parce qu’il faut le faire/ même si nous avons mal au dos en bêchant,/ il le faut faire afin que notre accent/ s’inscrive congrûment dans le chant de la terre.

Samedi 16 juin 2018. 19h45.

Nous avons écouté, sur France Culture, Une vie, une œuvre, l’émission d’Irène Omelianenko consacrée à Bruno Durocher pour laquelle Françoise Estèbe m’avait enregistré chez Caractères fin mai. C’était étrange d’entendre à nouveau la voix de Bruno Durocher. Etrange aussi de retrouver la mienne à la radio. Je ne m’étais pas entendu depuis Jeux d’Epreuves. Nous sommes partis en balade. Dans les prairies, sur la falaise, la chienne bondit parmi les graminées. Elle lève des lapins qu’elle ne poursuit même pas, toute occupée qu’elle est à ses sauts dans les hautes herbes. Puis d’un coup, elle s’enfouit dans l’épaisseur des tiges, au milieu des vulpins, des avoines, des fléoles. Elle disparaît dans cette mer ondulante. On guette. On attend. On appelle. La Harpe ! La Harpe ! Et au bout d’une éternité, elle surgit, loin, d’un endroit où, vraiment, on ne l’attendait pas.

Vendredi 15 juin 2018. 22h00.

Marché à Jullouville. Courses à Granville. Promenade sur la falaise. Main dans la main. Une journée de riens. Si doux.

Jeudi 14 juin 2018. 21h10.

La chienne et moi, jouons au cœur qui bat le plus vite quand Amélie descend du train à la gare.

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