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mardi 30 juin 2026

Dimanche 31 mai 2026. 20h50.

Déjeuner dans une pizzeria de Saint-Cloud avec Gabrielle et Antoine (Marion avait du travail en retard) où nous ont rejoint Séverine et ses enfants. L’aîné, Arnaud qui est à Sciences-Po fait un stage à l’Assemblée nationale avec Jean-Louis Thiériot, le député dont Clémence est l’assistante. Thomas va commencer des études de biologie. Il avait, petit, la passion des plantes, des insectes. Il cherchait à nommer, à classer. Nous avons correspondu un peu. J’aimais beaucoup ce bonhomme. On s’est peu vus. Déjà, leur père qui travaille dans la banque a embarqué sa famille au gré de ses postes à l’étranger et l’angoisse de Séverine a fait le reste. Son anxiété a décompensé à la naissance d’Agathe en 2009. Pauvre gamine. Opérée tout bébé, ré-opérée, ré-ré-opérée, et encore et encore à cause d’une malformation de l’intestin. Elle est aujourd’hui une bien jolie jeune fille, mais elle doit se battre pour exister vraiment, pour faire entendre ses choix. Pour sa mère elle est toujours en couveuse. Bah. Je les regardais ces trois-là et je me disais qu’ils ne s’en sortaient pas si mal. Chouette jeunesse. Retour par la gare Saint-Lazare. Et décidément, je déteste Saint-Cloud (et toute la banlieue d’ailleurs), mais ce n’est pas nouveau.

Samedi 30 mai 2026. 21h00.

J’ai reçu un message d’Amélie Pascal, la directrice éditoriale de J’ai Lu, que j’avais rencontrée après la publication de mon papier sur Ma petite Yvette le si beau texte d’André Dumas sur sa fille emportée à six ans par la scarlatine, publié chez Plon en 1922, et qu’elle avait réédité. Dans sa maison d’édition, elle mène un travail curieux, patient, sensible pour la valorisation et l’enrichissement du fonds. Avec pêle-mêle Michel Zevaco, Thyde Monnier, Raymonde Vincent (quel beau livre que Campagne !). J’avais repensé à « Domaine Public » ma trop brève collection chez Buchet. Nous avions pris rendez-vous début mars dans un café du quartier Saint-Lazare, proche de son bureau et évoqué cette littérature du tournant du XIXe et de la première moitié du XXe que nous aimions. Je lui avais glissé quelques noms d’auteurs et aussi laissé un exemplaire d’Un tablier rouge de Michèle Hénin paru, posthume, en 1988 chez Actes Sud. La narratrice y est une gamine tuberculeuse trimbalée d’hôpital en sanatorium. Fragile et têtue, vulnérable, naïvement lucide. Les mots, les phrases, sont ponctuées de blancs qui font autant de pauses respiratoires dans le récit. J’avais été bouleversé à la parution par la justesse âpre de cette chronique d’enfance. J’avais fait un papier dans Nervure à l’époque et, des années, après j’en avais rédigé un autre dans Point de Vue alors qu’il ne restait plus que quelques exemplaires en stock. J’ai ainsi fait vendre les derniers. Actes Sud ne l’a jamais réimprimé. C’est un livre rare, d’une sensibilité et d’une sincérité merveilleuses m’écrit Amélie Pascal. Sauf que pour des raisons commerciales J’ai Lu ne le mettra pas à son catalogue. Mais je me suis pris au jeu de lui proposer quelques titres. Oh, de temps en temps… Dans l’après-midi, nous étions conviés à la célébration de confirmation de François Marchand à Saint Sulpice. À 55 ans, voilà qu’il redécouvre et affermit sa foi catholique. Il s’engage. Je ne le pensais pas dans cette démarche. Sois marqué de l'Esprit saint, le don de Dieu. L’église était pleine (il y avait plus de quatre cents confirmants). Bien trop de monde pour que je ressente de la ferveur. Après la cérémonie nous avons rejoint la famille et quelques proches pour un verre de champagne chez lui. Quans nous sommes arrivés, tout le monde était installé autour du téléviseur pour regarder le match PSG/ Arsenal. Pas vraiment moyen de battre en retraite. Nous sommes restés un moment à bavarder à l’écart avec François et sa marraine de confirmation que j’ai imaginé être une religieuse d’une de ces congrégations devenues très discrètes après la loi Combes. J’ai invoqué le latin, la liturgie, les dorures baroques. Ma pauvre foi a bien besoin de supports.

mardi 23 juin 2026

Vendredi 29 mai 2026. 22h20.

Amélie m’a invité aux Petits Parisiens, le restaurant de l’avenue Jean-Moulin qui a remplacé La Régalade où nous y étions allés il y a des années du temps de Bruno Doucet. Amélie y a retrouvé Loïc Mougène qui officiait avant comme sommelier à La Robe et le Palais. Elle y a eu longtemps son rond de serviette. Nous voulions boire du quincy, il n’y en avait pas. Du mâcon ? il allait nous trouver mieux. Pour le rouge, laissez-moi faire. Bon, on boira ce qu’il veut, l’énergumène.

Jeudi 28 mai 2026. 22h10.

La toiture n’a rien, feuilles, débris de branches un peu partout mais le jardin n'a pas souffert. reste la voiture qui est constellée de petites bosses. Je suis passé chez l’assureur faire la déclaration. Pas de malus mais une franchise à payer. Mon train est arrivé avec une bonne demi-heure de retard. Lu pendant le trajet Eugénie sous les bombes d’Anne Percin. Amélie m’attendait à Montparnasse.

Mercredi 27 mai 2026. 23h00.

J’ai déposé La Harpe en fin d’après-midi à Coudeville. Je prends demain le train pour Paris. Un orage de grêle a crevé tout à l’heure. Des grêlons gros comme des balles de golf. Du jamais vu. Chassés par le vent, ils se sont abattus avec fracas sur les portes, les murs, le toit… et la voiture. C’était dantesque. Je verrai les dégâts demain.

jeudi 18 juin 2026

Mardi 26 mai 2026. 23h15.

J’avais dix jours devant moi. Amélie était rentrée à Paris après le week-end de l’Ascension et elle passait le suivant au Festival de Saint-Malo. Je me suis donc décidé à faire du rangement. J’ai commencé par les papiers administratifs. J’avais acheté une broyeuse à documents et j’ai détruit une incroyable quantité de paperasse. Alors, dans la foulée, j’ai voulu m’attaquer aux photographies et à la correspondance. Si les premières, tirages et négatifs, pêle-mêle, occupaient une seule grande caisse, un demi-siècle de courrier, sinon davantage, s’entassait dans sept autres. Je me suis assez bien sorti des photos, me débarrassant sans état d’âme, juste un peu ému, des centaines de doublons, de ratés, de portraits d’inconnus, d’interminables séries de souvenirs de vacances, de voyages. Et j’ai trié, classé, et enfermé les clichés rescapés dans des enveloppes en kraft en attendant la date improbable de leur mise en album. Mais pour les lettres, cela a été une autre aventure. J’ai terminé tout à l’heure. Je m’en remets juste. Assez malaisément. Tout était enfoui profond. Je n’avais peut-être pas oublié mais je ne me souvenais plus. Pourquoi diable avais-je aussi si consciencieusement gardé cela ? Et quelle idée d’y aller voir… J’ai réveillé des fantômes. Sont revenus avec eux des chagrins, des douleurs, des deuils, des humiliations, des colères, des hontes, des remords. Des joies devenues tristes, des tendresses enfuies. Des baisers perdus. J’ai cru me noyer. Je me suis débattu. Vive la broyeuse. J’ai empli des sacs et des sacs. Mais tout n’était pas à jeter. Et je suis parvenu à mettre de côté ce qui n’encombrait mon cœur que de mélancolie douce. Bon, il va falloir devoir ranger maintenant.

(…)

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mercredi 17 juin 2026

Dimanche 10 mai 2026. 21h50.

Marie a passé deux jours à Carolles. Elle ne reste jamais longtemps. Je suis content qu’elle ait eu beau temps. Elle a pu tremper ses pieds dans l’eau, nous nous sommes baladés sur la falaise, dans les chemins creux du côté de Saint-Michel, poussé voir le mont à Saint-Léonard. Je l’ai emmenée à Sainte-Pience en plein bocage, là où est le berceau de la famille et où j’aurais aimé que mon père m’emmène. Mais que savait-il de cette longue lignée de charpentiers, de sabotiers, de laboureurs ? Rien ou si peu. D’ailleurs je ne crois pas qu’il se souciait de ses origines. Marie ne m’a rien dit de cette visite. Nous ne parlons guère. Nous sommes à mots rares et depuis bien longtemps. On se protège. Elle surtout je crois. Je ne sais pas grand-chose de sa vie. Je veux tellement ne pas être indiscret.

Mercredi 6 mai 2026. 19h45.

Je devais repartir ce matin mais, comme en mars dernier, et avant en janvier 2025, je me suis retrouvé en panique avec de nouveaux saignements. Appelé Bruno Genevray qui m’a calmé. Buvez beaucoup. C’est passé assez vite. Tenez-moi au courant. J’ai tourné en rond toute la journée. Amélie m’a appelé après l’inhumation au cimetière de Grasse. Elle reste en famille jusqu’à samedi prochain.

Mardi 5 mai 2026. 22h00.

Je suis rentré dimanche soir à Paris avec Amélie pour deux jours de rendez-vous de médecins. Résultat, tout se maintient sauf les reins dont on me dit qu’ils continuent de souffrir. J’ai toujours en tête que mon grand-père François, mort en 1921 à soixante-trois ans, est parti des reins. Carpe diem. J’ai accompagné Amélie à la gare de Lyon. Elle part à Grasse. Son oncle Jean est décédé la semaine dernière, on l’enterre demain. Je ne peux pas l’accompagner, Marie a prévu de passer le week-end à Carolles. Dîné avec Pascale. Rentré tard. Fatigué.

Samedi 2 mai 2026. 19h20.

Voilà dix-sept ans aujourd’hui que nous sommes mariés. Il paraît que ce sont les noces de rose. De fait, elles ont éclôt partout dans le jardin. En avril, cela a commencé avec les Étoile de Hollande et tout le reste a suivi. Cela s’achèvera en juin avec le Sander’s white. Nous sommes entrés dans cette période magique où tout s’épanouit, où tout embaume. Ce 2 mai est aussi celui de l’anniversaire de Gabrielle. Elle a 15 ans. Longtemps, elle a été persuadée que nous avions choisi la date du mariage à cause d’elle. Je la trouve plutôt en roue libre ma jolie nièce. Cela fait un moment qu’elle laisse aller. Elle volette, elle picore. Petite alouette attirée par les éclats des miroirs. On dira que c’est l’âge. N’empêche. Il faut dire qu’elle n’est pas vraiment aidée. De mon côté, je fais ce que je peux. Mais vraiment pas assez. Pas suffisamment présent. Comme elle m’a répété à l’envi qu’elle déteste la poésie et que d’ailleurs ça ne sert à rien, j’ai décidé de lui envoyer un poème par semaine sur sa messagerie WhatsApp. Je suis sûr que tu finiras par être touchée. Va savoir. J’ai commencé avec Verlaine. Il pleure dans mon cœur…

mardi 16 juin 2026

Mercredi 29 avril 2026. 22h50.

Marché à Saint-Nicolas. J’attends Amélie ce soir. Acheté deux belles soles, des petits pois, des fraises. J’entame une drôle de journée. Il y a vingt ans, j’arrivais à Carolles pour voir mourir Maman. Je me souviens de chaque instant. De ma désespérante impuissance. J’ai mis trois années pour parvenir à écrire le tout petit livre qui s’efforçait de raconter l’épouvantable chagrin qui m’a saisi et qui ne me quitte plus. Elle est morte dans la nuit du 29 au 30 comme je lui tenais la main dans cette chambre de l’hôpital de Granville où lâchement je les avais laissé l’emmener. Il n’était pas minuit quand elle est partie mais lorsque j’ai appelé l’infirmière un moment après, c’était déjà le lendemain. J’étais un peu en avance à la gare. Amélie est descendue du train la première. Ma vie.

Mardi 28 avril 2026. 17h00.

Je suis rentré à Carolles. Récupéré La Harpe. Les plantes du koestch souffrent. Il y a longtemps que je ne leur ai pas mis d’eau. Il faudrait que je les sorte pour pouvoir bien imbiber la terre et aussi les laisser un moment à l’air libre maintenant que le temps est revenu au beau. Mais j’hésite. L’an dernier des parasites ont ravagé l’oranger en quelques jours. J’ai eu du mal à le faire reprendre. Je vais tenter d’arroser dans les pots quitte à tout faire déborder tant les mottes sont sèches.

Vendredi 24 avril 2026. 22h40.

Je suis arrivé à Paris hier. Des analyses à faire pour je ne sais plus quel médecin. On m’en prescrit au moins une fois par trimestre. Je suis allé acheter des pots, des jardinières et leurs supports pour les fenêtres du 166. Retrouvé Amélie pour dîner à La retraite du Père Claude, le bistrot de Claude Perraudin rue de la Convention, ouvert à l’emplacement de L’étape d’Annie et Christian que je connaissais de la Marlotte où elle était en salle et lui en cuisine. A la fin du repas, comme nous bavardions avec Pascal, le serveur, nous avons appris la mort de Géraud Rongier. Nous l’avions retrouvé par hasard fin septembre 2023 comme nous étions allés déjeuner là après les funérailles discrètes de Jacques Gournay, un ami de Claire et Emmanuel.. Nous avions fait une photo, échangé à nouveau nos adresses. Il s’est éteint en janvier de l’année suivante. Jamais consolé de la disparition de son épouse Marcelle en 2019. Je n’ai pas connu Géraud quand il officiait au Val d’or, avenue Franklin-Roosevelt dans les années 1980-1990. C’est Claudine Lemaire qui me l’a fait rencontrer au moment où il s’était installé rue Vital, à la Muette. J’y ai entraîné Amélie plus d’une fois. Nous y avons des souvenirs de fête. Des souvenirs très doux. Il était un monsieur d’une incroyable gentillesse.

Mercredi 22 avril 2026. 23h00.

J’ai envoyé à Lanwenn mon papier sur le dernier Michel Bernard, L'automne d’André Derain, où il s’arrête sur le voyage que fit le peintre en Allemagne en octobre 1941. Un train des artistes appareillé par la Propagandastaffel dans lequel beaucoup vont aussi embarquer. Derain a soixante-et-un ans et il a beau être célèbre, il n’est plus grand-chose. Mais je suis mauvais juge. Sa peinture m’indiffère et le bonhomme me déplaît. Il n’empêche. Michel Bernard va remuer les années, fouiller les consciences. Il pose un regard lucide, sans jugement, sur cette époque en effrayant désordre. Mon père, du peu qu’il m’ait confié sur ces temps-là, lui qui avait rejoint la France Libre au tout début, disait de ceux qui étaient restés fidèles au régime de Vichy Ils ont juste choisi le mauvais côté. Il savait combien, au-delà des convictions, cela tenait aussi à peu de choses. Mais Derain… J’ai profité de l’envoi pour dire à Lanwenn que je ne comprenais pas pourquoi on avait trouvé utile de changer dans mon papier sur Peter Pan la phrase ...et qui est aussi le refuge d’enfants perdus qu’une petite fille, Wendy, va tous adopter en ... et qui est aussi le refuge d’enfants perdus qu’une jeune fille, Wendy, va tous adopter. Que je sache, Wendy est une bien une petite fille et c’est parce qu’elle grandit et qu’elle devient une jeune fille justement, qu’elle ne retourne plus au pays imaginaire. Je me demande ce qui se passe dans la tête de celui qui chipote le texte ainsi. J’ai beau savoir que le journal dans peu de temps va servir à emballer les épluchures de légumes, et que ça n’a pas d’importance, ça agace…

Dimanche 19 avril 2026. 9h50.

Les halopeanum sont tout roses. Le pommier a fleuri.

lundi 15 juin 2026

Jeudi 16 avril 2026. 21h00.

Terminé et expédié au Monde ma une sur le Peter Pan en Pléiade. C’est un très beau volume et le travail d’édition si sensible de Philippe Forest y fait un guide essentiel. Forest publie conjointement chez Gallimard son explication intime du texte, Gais, innocents et sans cœur, titre emprunté à la dernière phrase du roman de Barrie (Il en ira ainsi aussi longtemps que les enfants seront gais, innocents et sans cœur.) Parce que, dit-il je n’aurais jamais lu Peter Pan si je ne l’avais pas lu pour Pauline. Sa fille unique de 4 ans morte en avril 1996. Amélie ne me rejoint pas ce week-end. Elle reste à Paris pour le Salon du livre. Moi, après n’en avoir manqué aucun depuis sa création, j’ai cessé de m’y rendre. Comment dire ? Tout est vide et triste. La dernière fois que j’y suis allé, c’était en 2017. J’ai refait une tentative en 2024 parce qu’il se tenait à nouveau au Grand-Palais. Mais quel cafard.

(…)

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Dimanche 5 avril 2026. 15h40.

Office de Pâques à la Lucerne. Messe en ut majeur de Mozart avec le chœur Éphata et le chœur Ad Caelum. Liturgie magnifique. On est transportés. Ma toute petite âme s’envole. Dommage que le nouvel évêque, Mgr Grégoire Cador, qui s’était fait remarquer en 2024 pour avoir accueilli l’appel à la prière des musulmans sous les voûtes de la cathédrale de Coutances ait décidé le retour à une ouverture uniquement saisonnière des célébrations à l’abbaye. Cette catholicité vibrante doit l’irriter.

Mercredi 1er avril 2026. 13h05.

Récupéré La Harpe. Séverine m’a raconté : pendant son séjour, un chevreuil s’est mortellement blessé hier en franchissant la clôture. Les chiens l’ont découvert au petit matin. Un voisin chasseur est venu dépecer l’animal. Vous en voulez ? Je suis reparti avec une épaule, un filet mignon et des côtelettes.

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