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mercredi 26 novembre 2025

Jeudi 16 octobre 2025. 23h15.

Je suis rentré à Carolles tôt dans l’après-midi, histoire de préparer la maison pour l’arrivée d’Amélie. Fait des courses, chargé le feu. C’est la saison des saint-jacques. Je les ai coupées fin pour un grand cevice. Coriandre, gingembre, piment mexicain et citron vert. Saler à peine. Juste un trait d’huile d’olive.

Mercredi 15 octobre 2025. 23h30.

Pascale est venue prendre un verre rue Danville. Manière d’y dépendre la crémaillère. Notre déménagement se précise. Nous serons bientôt dans les cartons.

Mardi 14 octobre 2025. 20h45.

La consultation avec Bruno Genevray m’a rassuré un peu. Il dédramatise. Il apaise. L’après-midi était beau. Je me suis offert une grande balade. De Saint-Germain au Pont-Neuf, au Palais-Royal. Traversé les Tuileries, rejoint les Invalides. J’ai retrouvé Amélie au Primerose, avenue de la Motte-Picquet, avant son cours de Pilates. J’ai pris le métro pour rentrer.

Lundi 13 octobre 2025. 18h00.

Mon père est né aujourd’hui. Il aurait cent-vingt-deux ans. Je me souviens que Jeanne Calment, la supercentenaire, était morte à cet âge-là à la fin des années 1990. Lui est parti à quatre-vingt-trois ans, devenu impotent après une attaque en 1980. J’ai oublié ses années de déchéance. Elles ont pourtant été terribles. À son enterrement, ma mère avait choisi une lecture du Livre de Job (2.6 à 8). L’Éternel dit à Satan : Voici je te le livre, seulement épargne sa vie./ Satan se retira de devant la face de l’Éternel. Puis il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la pointe du pied jusqu’au sommet de la tête./ Et Job prit un tesson pour se gratter et s’assit sur son fumier. Je voyais Mme Rosales en fin de matinée pour la lecture commentée de mes analyses. D’un côté, ça irait plutôt bien. Ça l’a d’ailleurs laissée un instant perplexe. Vous prenez quelque chose ? – Ben non, rien, à part ces fichus cachets. De l’autre, mes reins ont l’air de ne pas fonctionner très bien. D’où de nouvelles analyses à faire en novembre, un rendez-vous à prendre pour un doppler avant de consulter un nephrologue. Tiens, une spécialité qui manquait à ma panoplie d’égrotant. Claire et Emmanuel étaient à Paris pour deux jours. Ils logeaient chez Agnès et François, rue de la Tour. J’ai rejoint pour le déjeuner toute une tablée familiale puisqu’il y avait aussi Jérôme et les enfants, Marie, la sœur d’Agnès, sa fille Aurélie et ses petites-filles.

mardi 25 novembre 2025

Vendredi 10 octobre 2025. 23h55.

Marie est venue dîner rue Danville. Elle a apporté du champagne et un petit rosier en pot. Elle semble en forme. Du moins je crois. Je l’espère de tout coeur. Salade de fruits de mer, raviolis au basilic, barbera d’Alba. Un menu retour de Turin en quelque sorte.

Jeudi 9 octobre 2025. 18h05.

J’ai déjeuné avec Fabienne chez Marty, cette brasserie Belle Époque des Gobelins désastreusement rénovée (comme le Zeyer, et tant d’autres) dans les années 1980, mais qui reste cependant une bonne adresse. Nous y fêtions, si tant est que cela se fête, notre anniversaire de jeunes septuagénaires : tous deux nés le même jour de la même année. Nous nous étions perdus de vue pendant près de trente ans après avoir partagé les années d’études en service social, le travail en psychiatrie adulte, les premiers écrits dans les revues. Une vraie amitié de jeunesse pour moi qui n’en ai conservé aucune. Je me demande bien pourquoi je n’ai pas fait l’effort de les retenir un peu. J’avais rendez-vous juste après avec Caroline Hoctan. Elle m’avait contacté en février au moment de la parution de son troisième roman, La fabrication du réel. Elle se souvenait que j’avais rédigé en 2004 un petit papier sur le premier, Le dernier degré de l’attachement. J’en avais gardé le souvenir à la fois persistant et ténu d’une histoire ressassée, renouvelée, reprise, d’île et de père perdus. Ça m’avait assez remué à l’époque. J’avais même noté ce court passage dans mon carnet : Mon père nage toujours. Je vois apparaître et disparaître à la surface de l’eau, pareil à tous ces détails insignifiants qui retiennent mon attention. Plusieurs fois, je le perds de vue. Lorsque je le distingue à nouveau, il semble infiniment loin. Je suis revenu sur cette image dans le dernier petit chapitre de mon Officier de fortune. Elle avait fait doucement son chemin. Le Monde m’a commandé une brève sur La fabrication du réel. Je me suis contenté d’essayer de donner envie de s’abandonner à cette étrange machine d’identité, d’origine, de faux pactes et de faux semblants. Une sacrée Tangle tale. Nous nous sommes retrouvés au Canon de Gobelins. Très vite dans une sorte de proximité confiante. A suivre, vraiment. Elle est entre la Gironde et Paris. Ce serait bien le diable si nous n’arrivions pas à faire coïncider nos agendas de temps en temps.

lundi 24 novembre 2025

Mercredi 8 octobre 2025. 20h50.

Analyses au laboratoire avant mes rendez-vous de la semaine prochaine. Aujourd’hui Laurence, la cousine d’Amélie, était opérée à Rouen pour un cancer du rein. J’ai repensé à Un jour, on entre en étrange pays de Colette Mazabrard paru chez Verdier en 2019 où elle tient la chronique compliquée, douloureuse, inquiète de l’intervention qu’elle a dû subir, elle aussi, pour un rein malade et du temps brouillé qui s’en est suivi. Elle parle de la peur qui avec les semaines étrangement s’apprivoise J’avais écrit un papier pour Le Monde. Avec peine. Tant cela était et reste au cœur de mes propres angoisses. Rendez-vous pour un café au Naguerre avec Jean-Pierre, notre propriétaire. Depuis qu’il a décidé de mettre en vente l’immeuble en mai, il était préoccupé de savoir ce que nous avions arrêté. D’autant que comme il nous avait signifié notre congé après le renouvellement du bail, nous pouvions rester jusqu’en 2028. Passer trois années ainsi risquait toutefois de devenir vite bien peu « confortable ». Il était peut-être temps, au fond, de quitter cet appartement devenu vétuste et qui réclamait des travaux, d’électricité, de plomberie, etc. Nous avons cherché un moment à louer dans le quartier avant qu’Amélie réalise qu’avec l’argent qu’elle avait de côté, il y avait peut-être un montage à faire pour acheter. Nous nous sommes mis en quête. L’impératif : moins de vingt minutes à pied de la gare et du train pour Granville. Et après avoir regardé les annonces, beaucoup beaucoup visité (essentiellement Amélie), nous avons trouvé un trois-pièces boulevard du Montparnasse où je crois que nous serons bien. J’ai annoncé à Jean-Pierre que nous avions donc un projet et je l’ai senti, d’un coup, vraiment soulagé. Certes, nous aurions pu jouer la montre et gratter un peu d’argent, mais ce n’est pas notre genre. Ça va faire étrange quand même de quitter le quartier. Pris un verre à la Perle avec Pascale et retrouvé Amélie rue Danville. J’ai acheté chez Constance des mirabelles, son fruit préféré. Mais ce sont les toutes dernières. Pour de bon, la saison est finie.

mercredi 19 novembre 2025

Mardi 7 octobre 2025. 23h10.

Je pensais faire quelques courses pour le dîner en arrivant, mais moi aussi mon train a eu des problèmes. Et vraiment près de l’arrivée. Tous les convois ont été stoppés après que quelqu’un s’est jeté sur les voies à Malakoff. Accident grave de personne comme ils disent. Nous étions à quai en gare de Meudon. Plutôt que d’attendre au moins deux heures que le trafic soit rétabli, je suis descendu (comme la plupart des voyageurs) pour récupérer le RER C à l'autre bout de la ville. Ressassé en chemin le souvenir d’histoires de morts violentes quand je travaillais au Service de santé mentale du VIIIe. Pauvre bougre.

Lundi 6 octobre 2025. 18h00.

Demain je pars à Paris pour une grosse semaine. J’ai déposé La Harpe à Coudeville. À peine la portière ouverte, elle file retrouver Nours et Terracotta, les deux bergers australiens de Séverine. Là-bas, c’est vraiment sa deuxième maison.

Dimanche 5 octobre 2025. 23h55.

J’ai terminé mon papier pour Le Monde sur Du côté des vivants, le dernier texte de Violaine Bérot. Une tragi-comédie à sa manière sur la fin de vie dans le huis-clos d’un hôpital de province. Cela fait bien longtemps que je suis ses livres. J’avais écrit tout de suite sur Jehanne, son premier roman en 1995. Et quand après presque quinze ans de silence, elle avait refait surface chez Lunatique, un éditeur de Mayenne, je lui ai fait rencontrer Pascale. Du côté des vivants est le sixième qu’elle publie chez Buchet. Comme quoi… Le train d’Amélie a heurté une famille de sangliers en balade nocturne entre Vire et Flers. Elle est arrivée très tard rue Danville.

Samedi 4 octobre 2025. 20h45.

M. Hervieux nous a livré le bois de l’hiver. Deux cordes. Comme son nouveau camion ne passe plus sous la pergola, il a dû déverser les bûches à l’entrée du portail. Il a fallu escalader. Nous avons fini de ranger sous l’auvent à la nuit tombée. Marie-France, notre voisine d’en-face avait aussi refait sa réserve. Elle est venue partager avec nous le verre du travail accompli.

Jeudi 2 octobre 2025. 22h15.

Amélie est arrivée au train du soir. Enfin.

Mercredi 1er octobre 2025. 19h45.

C’est la fête de sainte Thérèse de Lisieux, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Et justement hier, en essayant de mettre un peu d’ordre dans les rayonnages de mon bureau, je suis tombé sur Histoire d’une âme. Passé un moment à lire au milieu du foutoir des piles de livres. Dans le premier chapitre, elle raconte un rêve qu’elle a fait fillette, où seule au jardin, elle aperçoit deux diables qui font mine de se jeter sur elle mais qui vite s’enfuient, comme terrorisés. Elle écrit : Sans doute, ce rêve n’a rien d’extraordinaire ; je crois, cependant, que le bon Dieu s’en est servi, afin de me prouver qu’une âme en état de grâce n’a rien à craindre des démons qui sont des lâches, capables de fuir devant le regard d’un enfant. Ce passage m’a étrangement remué. Mes pensées bourdonnaient en essaim désordonné. Je crois que j’ai perdu confiance. Je reste toujours inexplicablement entravé.

(…)

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Mardi 22 septembre 2025. 21h00.

Brigitte et Yann sont venus prendre un verre en tout début de soirée. Prosecco et saucisson italien. Ils ont décidé de partir une semaine au soleil en novembre. Baléares, Canaries. Je confonds toujours. Yann se remet lentement de son accident du mois de mai. Il avait passé l’après-midi au jardin quand, brutal coup de fatigue ?, brève congestion cérébrale ?, il a soudainement perdu connaissance et est tombé de tout son long sur les marches de l’escalier de sa terrasse. Brigitte l’avait découvert en sang, sonné et ne se souvenant pas de ce qui lui était arrivé. Les pompiers, l’hôpital. Il s’en est sorti avec un gros hématome intracrânien et un poignet cassé. Bien abîmé mais miraculé. Dans tout le temps qui a suivi il a souffert de maux de tête et d’importants troubles de la vision. Impossible de conduire. Il s’est d’ailleurs résolu à mettre en vente son petit avion. Maintenant, il va nettement mieux mais malgré les efforts qu’il fait de n’en rien paraître, l’épisode l’a laissé tourmenté.

Lundi 21 septembre 2025. 16h50.

Rentré à Carolles. Récupéré La Harpe chez Séverine. Mis mes plantes de Turin à bouturer dans l’eau (j’avais aussi chipé dans le patio de l’hôtel la petite tige d’une impatiente rouge). Je m’installe pour dix jours sans Amélie. Le week-end prochain elle sera à Manosque pour les Correspondances. J’y avais été invité il y a une vingtaine d’années. Et nous y étions allés ensemble.

Dimanche 21 septembre 2025. 22h00.

Derniers cafés en terrasse sur le chemin de la gare. Nous avons fait le trajet à petits pas. Quand reviendrons-nous en Italie ? Déjeuner au soleil dans un petit restaurant du Corso Bolzano avant le départ du train. Dans les jardinières près de notre table poussait une exubérante tradescantia geniculata, cette variété de misère aux tiges et aux feuilles très fines toute piquetée de minuscules fleurs blanches qu’on appelle aussi je crois voile de mariée tahitien. J’ai peaufiné ma phrase en italien que j’ai débité du mieux que j’ai pu en allant payer l’addition. Posso prendere una talea da questa planta ?

mardi 7 octobre 2025

Samedi 20 septembre 2025. 23h10.

Journée de flânerie dans Turin. Il était difficile de ne pas aller voir la Mole Antonelliana, cette énorme bâtisse XIXe surmontée d’un très haut dôme devenue (comme la tour Eiffel à Paris) le symbole de la ville. Au pied, on est écrasé par la masse de l’édifice. La flèche culmine à plus de 160 mètres. Nous n’y sommes pas montés. Rejoint le Pô. Sur les berges, face au monastère du Monte dei Capuccini nous nous sommes arrêtés un long moment en terrasse faire un peu de courrier en sirotant nos expressos. Cartes postales, petits mots. Sur l’eau, entre les ponts Umberto I et Vittorio Emanuele I, les équipes de la Sebago Rowing Cup, une régate d’aviron, s’entraînaient sur de longues périssoires. Nous avons traversé les jardins royaux, bu des spritz au Cynar, grignoté des tramezzini. Profité des derniers jours d’ouverture de l’exposition sur la Beauté dans l’art à la Sale Chiablese du Musée royal. Un itinéraire sensible à travers peintures, dessins, sculptures, objets, de l’époque classique au début de XXe siècle « de Botticelli à Mucha ». Dîner à la Pastificio Defilippis, fleurs de courgettes, tartare de langoustines, fritto misto alla piemontese, le tout arrosé d’un vin de la région des Langhes, un fontanafredda, cépage nebbiolo. On est bien, non ?

mardi 30 septembre 2025

Vendredi 19 septembre 2025. 23h40.

Amélie m’a invité à dîner à la Taberna libraria, un bistrot à vins de la via Bogino. Vitello tonnato, agnolotti. Il faisait doux en terrasse. Nous avons bu un barbera d’asti. Une cuvée « Maggenga ». J’ai cru comprendre qu’il s’agissait en italien du nom botanique des graminées, des poacées. J’ai pensé aux toiles de Monet. A ce poème d’Emily Dickinson : To make a prairie it takes a clover and a bee. J’ai soufflé la bougie que le patron avait planté sur un petit gâteau apporté avec le café. Tanti auguri ! Je ne vais quand même pas bouder.

Vendredi 19 septembre 2025. 19h50.

Visite au musée d’Histoire naturelle. À deux pas de l’hôtel. Il a rouvert il y a un an après un incendie qui l’a ravagé en 2013. L’ensemble des collections n’est pas encore entièrement visible, mais il y a une très belle galerie d’oiseaux, de reptiles, de mammifères et un intéressant cabinet de squelettes montés. Traversé un bout de la ville jusqu’au marché de Porta Palazzo. Gigantesque. Débordant. Nous y avons erré presque deux heures au milieu des étals. Maraîchers, fruitiers, bouchers, charcutiers, épiciers, fromagers, poissonniers. Envie de remplir des cabas, de pleins chariots de courses. Nous n'avons acheté que deux saucissons. Mais quand même. En marchant dans Turin, tracé droits, vastes places carrées, j’avais l’impression d’avancer dans un damier. Un échiquier plutôt, comme celui De l’autre côté du miroir. Mon pion blanc, mon Alice, c’est Amélie. Elle me guide, me précède. Elle joue et gagne en onze coups. Trop de monde, trop de murmures bruyants, dans la chapelle du Saint-Suaire. Pas moyen de se recueillir. Il y avait pourtant deux religieuses en adoration. Si ferventes, si sereines. En secret, je leur ai confié ma prière. Nous avons passé un très long moment au musée des Antiquités égyptiennes. Le deuxième plus grand au monde après celui du Caire. Je me suis souvenu de mon émotion, enfant, devant les sarcophages et les momies des collections d’Auguste Mariette exposés au musée de Boulogne-sur-Mer, sa ville natale. Mariette, un des pères de l’égyptologie, fut d’ailleurs le fondateur du musée du Caire. C’est la fascination là-bas pour tout un monde de tombeaux, de stèles, d’inscriptions, de statues qui va emporter sa vocation. Cette fascination, je la partage, sans savoir ni culture, juste dans la contemplation vertigeuse de ces âmes, de ce temps. Petite halte au café Al Bicerin, piazza della Consolata, pour boire, bien sûr, un bicerin, boisson typiquement turinoise, un mélange de café et de chocolat, recouvert de crème fouettée. Enfin, j’ai laissé Amélie y goûter. Pour ma part, j’ai commandé une autre grande spécialité turinoise : un vermouth.

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